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Pensée critique - Débats et enjeux philosophiques - Pensée critique et athéisme
1. Le fil du module : une pensée qu’on ne peut cantonner
- Ce module a montré que la pensée critique suppose un esprit d’examen qui, même appliqué au départ à des objets éloignés de la politique comme l’observation de la nature, se tournerait nécessairement un jour vers des thèmes plus dangereux pour les autorités établies, telle la domination d’une Église sur la société.
- L’individu n’est en effet normalement pas schizophrène, c’est-à-dire divisé en deux parties étanches l’une à l’autre. La pensée critique dissout les dogmes, et il n’existe pas de cran d’arrêt capable de l’empêcher de poser les questions qui dérangent.
- Les Églises ont souvent estimé que, si l’on expliquait le monde et si l’on se donnait des raisons d’agir sans se référer à Dieu, celui-ci deviendrait rapidement inutile, et que cette inutilité mènerait à l’athéisme.
2. La compatibilité possible, et sa condition
- Les exemples de Kant et du témoin au procès Kitzmiller sur le dessein intelligent servaient à montrer que la religion est pourtant compatible avec le développement de la pensée critique et de la science.
- Mais à une condition : qu’elle ne se mette pas en concurrence avec la science, en voulant opposer ses dogmes aux résultats fournis par le libre examen des problèmes.
- On peut en effet considérer la religion comme séparée de la science, la première concernant le monde de l’au-delà, la seconde celui de l’ici-bas. La science ne se mêle pas de religion, et l’inverse devrait être vrai, du moins pour les religieux libéraux et ouverts.
3. Le même argument appliqué à la laïcité
- Le raisonnement se transpose aux rapports de la religion avec la laïcité. Celle-ci favoriserait l’athéisme parce qu’elle exige un usage politique de la raison critique : les hommes n’étant pas schizophrènes, ils accepteraient de moins en moins, dans leur vie personnelle, de se soumettre à des autorités dogmatiques.
- Mais on a pu soutenir l’inverse : une religion officielle, et donc imposée, ne crée que des hypocrites, et la religion aurait tout à gagner à se séparer du politique pour préserver la pureté de son caractère spirituel, en tant qu’engagement libre et volontaire.
4. La providence, faiblesse interne de la doctrine
- Il n’empêche que, dans l’histoire européenne notamment, la religion a longtemps voulu régenter le monde terrestre, où elle faisait régner Dieu par sa providence.
- Or cette notion peut fragiliser la religion elle-même, en rendant Dieu responsable du mal dans le monde, ou bien, à l’inverse, en le rendant impuissant face à un mal qui aurait surgi malgré lui.
5. Quatre lectures philosophiques de la religion
- Marx a vu dans la religion l’idéologie des oppresseurs, et il y a dans cette idée d’opium du peuple une part de vérité.
- Mais Jefferson avait présenté, dans la Déclaration d’indépendance des États-Unis, un Dieu garantissant les droits de l’individu contre les oppresseurs. On peut en effet lire les Évangiles comme un appel à l’amour et à l’égalité, qu’auraient trahi les Églises en prenant le parti du pouvoir.
- Nietzsche a vu dans la religion l’idéologie d’une vie décadente, n’ayant plus la force d’assumer le tragique de l’existence.
- Sartre, tirant les conséquences de la mort de Dieu, invite à refuser toutes les nostalgies d’un monde ordonné par Dieu, dans lequel les voies seraient déjà tracées, le sens de la vie indiqué et les places assignées.
Dans le monde de la pensée critique, il faut apprendre à se dégager de ces tentations. Le module ne tranche pas entre ces lectures : il les présente comme autant de manières dont la philosophie a interprété le fait religieux, et laisse au lecteur le soin d’en peser les raisons.
L’enjeu pour la pensée critique tient à une distinction qui traverse tout le module : une position n’est pas menacée par ce qu’elle affirme, mais par les questions qu’elle interdit de poser. Une religion qui accepte de ne pas concurrencer le savoir garde sa place ; une religion qui prétend régenter aussi l’ici-bas s’expose à être jugée sur ce terrain, avec les instruments de ce terrain.
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