La surcharge informationnelle et ses pièges
Toute information fausse n'est pas un mensonge, et toute information nuisible n'est pas fausse. Quiconque veut vérifier ses sources devrait donc distinguer proprement les notions essentielles. La classification la plus influente est celle de Claire Wardle et Hossein Derakhshan dans leur rapport Information Disorder rédigé pour le Conseil de l'Europe (2017). Ils distinguent selon deux questions : l'information est-elle fausse ou vraie ? Et une intention de nuire se cache-t-elle derrière ?
| Notion | Fausse ? | Intention de nuire ? | Exemple |
|---|---|---|---|
| Mésinformation (misinformation) | oui | non | Quelqu'un partage de bonne foi une fausse rumeur. |
| Désinformation (disinformation) | oui | oui | Une histoire inventée est diffusée délibérément pour nuire. |
| Malinformation | non | oui | De vraies données privées ou des faits réels sortis de leur contexte sont utilisés comme une arme. |
Source : Wardle et Derakhshan, Information Disorder, Conseil de l'Europe 2017 (PDF).
Le point décisif : la différence entre mésinformation et désinformation n'est pas le degré de vérité (les deux sont fausses), mais l'intention. Celui qui transmet une rumeur sans malice fait de la mésinformation ; celui qui l'invente et la diffuse délibérément, de la désinformation.
Mésinformation = erreur. Désinformation = tromperie. Malinformation = la vérité utilisée comme arme.
Pourquoi « fake news » est un mauvais terme
Le terme populaire de « fake news » sonne accrocheur, mais il vaut peu. Wardle et Derakhshan l'évitent délibérément et le qualifient de « woefully inadequate », c'est-à-dire désespérément insuffisant pour saisir la diversité de la « pollution informationnelle ».
Deux problèmes :
- Il est flou. Tantôt il désigne des histoires inventées, tantôt du mauvais journalisme, tantôt simplement des reportages qui déplaisent.
- Il est devenu une arme. Des responsables politiques utilisent « fake news » comme un terme de combat pour discréditer en bloc les médias sérieux.
Les spécialistes préfèrent donc les termes précis de mésinformation, désinformation et malinformation. Nous faisons de même dans ce chapitre.
Pourquoi notre cerveau est vulnérable
La fausse information fonctionne parce qu'elle exploite notre psychologie :
- Le biais de confirmation : nous croyons plus volontiers ce qui correspond à notre opinion.
- L'effet de répétition : ce que nous entendons souvent, nous le tenons pour plus vrai (« vérité ressentie »).
- L'émotion l'emporte sur la vérification : l'indignation, la peur et l'enthousiasme nous font partager avant de réfléchir.
- La vitesse : un mensonge se partage en quelques secondes ; son rectificatif demande des jours.
Ces mécanismes nous sont connus par le chapitre sur les biais cognitifs. La critique des sources en est la parade consciente : elle insère, entre le stimulus et la réaction, un bref instant de vérification.
La fausse nouvelle la plus dangereuse est celle que nous voulons croire. C'est justement pour les contenus qui nous font aussitôt approuver ou nous indigner que la vérification est la plus payante.
Comment procéder concrètement à cette vérification, c'est ce que montre la page suivante, avec la méthode la plus simple et la plus efficace qui soit.