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This page was translated from the German original, partly by machine. Some passages may read awkwardly or contain inaccuracies. When in doubt, please read the original.

Conclusion: La pensée critique, l'argumentation et la liberté d'expression

 

1. Des pièges surmontables

  • Ce module a montré que l’extériorisation de la pensée critique (par l’argumentation, et dans l’espace ouvert par le droit à la liberté d’expression) recèle bien des pièges.
  • Ce sont toutefois des difficultés que l’on peut aborder à condition de clarifier quelques points importants : la conclusion ne renvoie pas dos à dos les positions, elle propose des outils de tri.

2. Raison publique, raison privée et le subterfuge sophistique

  • La démocratie suppose l’usage de la raison publique, accessible à tous, et non de la raison privée, accessible seulement à une partie du demos, à une partie du peuple.
  • Or il est toujours possible que la raison privée se dissimule sous l’apparence de la raison publique. Si le public n’est pas suffisamment formé à la rigueur de l’argumentation, il ne pourra pas prendre conscience du subterfuge, surtout si le sophiste est habile.
  • L’exemple donné est celui des adversaires du mariage homosexuel pour des raisons religieuses, ce qui est leur droit le plus strict, mais qui tentent d’avancer des raisons publiques fallacieuses : le mariage pour tous détruirait la famille naturelle, « papa-maman-bébé », et donc les fondements de la civilisation.
  • L’analyse est double : l’exagération est patente, et la raison privée est habilement dissimulée derrière une apparence de raison publique, puisque la défense de la civilisation est présentée comme l’affaire de tous.

3. Perelman : une argumentation souple, corrigée par la démocratie

  • Les raisonnements parfaitement rigoureux de la logique et des mathématiques sont peu utilisables dans le domaine de la vie pratique, notamment politique. Perelman propose donc une argumentation plus souple : il y a de bonnes raisons de faire tel ou tel choix, mais elles sont rarement totalement convaincantes.
  • La démocratie corrige ce défaut apparent : si l’on s’est trompé, on peut toujours voter et choisir différemment dans le futur. À l’inverse de la loi divine, la loi humaine est toujours modifiable par les hommes.
  • Mais l’assouplissement nécessaire de la rigueur démonstrative ne doit pas mener au « n’importe quoi sophistique » : une vigilance critique reste toujours nécessaire pour éviter les dangers de la manipulation.

4. Blasphème et propos racistes : deux clarifications à tenir

  • En matière de liberté d’expression, certaines limitations, notamment pour cause de blasphème, donnent lieu à une sophistique élaborée, donc difficile à décoder : au lieu de parler de blasphème, on invoquera le respect des sensibilités.
  • L’argument opposé est simple : personne n’est obligé d’aller voir un spectacle ou d’acheter un livre ; celui qui ne veut pas être confronté à l’objet choquant, ce qui est parfaitement son droit, peut l’éviter.
  • De ce point de vue, la position de la Cour suprême des États-Unis paraît plus convaincante que celle de la Cour européenne des droits de l’homme : la première défend clairement la liberté d’expression, la seconde recourt à la notion floue de propos gratuitement offensants pour permettre parfois la censure étatique du discours blasphématoire. La discussion, précise le cours, reste ouverte.
  • Sur les propos racistes, beaucoup d’Européens hésiteront à suivre la Cour suprême, qui refuse de les censurer, et préféreront parfois une interdiction, y compris la répression des discours négationnistes.
  • Cette position combinée, qui défend la liberté de blasphémer tout en soutenant la répression des propos racistes, n’est tenable qu’à une condition : distinguer soigneusement les deux notions, alors qu’on les rassemble souvent sous l’appellation vague de discours de haine.
  • La raison en est décisive : on ne peut défendre le droit au blasphème que parce qu’on reconnaît l’importance, dans une société démocratique, d’une critique de la religion, position qui n’a rien à voir avec la haine.

La conclusion du module ramène tout à un même geste : refuser les notions floues qui dispensent d’argumenter. « Défense de la civilisation », « respect des sensibilités », « propos gratuitement offensants », « discours de haine » : chacune de ces formules a la particularité de paraître évidente tout en recouvrant plusieurs choses distinctes, et c’est cette imprécision même qui leur donne leur efficacité rhétorique. Le travail de clarification n’est donc pas un préalable académique : il est la condition pour que la discussion porte sur des raisons plutôt que sur des mots.

Le cours ne referme pas le débat, et c’est cohérent avec la thèse de Perelman qu’il vient de rappeler : en matière pratique, les bonnes raisons ne sont jamais totalement contraignantes, et la démocratie tire précisément sa valeur de sa capacité à revenir sur ses choix. D’où l’invitation finale à débattre de ce problème difficile dans l’espace de discussion, chacun se formant son opinion éclairée, non pas une opinion quelconque, mais une opinion qui a traversé l’épreuve de l’argumentation.

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