Sophismes de pertinence
Les sophismes de pertinence sont des sophismes informels dans lesquels les prémisses sont sans rapport avec la conclusion ou ne suffisent pas à la soutenir.
1. Ad Hominem (contre la personne)
Dans le sophisme ad hominem, on attaque la personne au lieu de répondre à ses arguments.
Exemple : « Le Dr Schmidt plaide pour des mesures de protection de l'environnement plus strictes, mais il conduit lui-même un SUV. Ses arguments devraient donc être ignorés. »
Pourquoi est-ce fallacieux ? Les qualités personnelles ou les actions du Dr Schmidt n'ont rien à voir avec la validité de ses arguments. Même s'il agit de manière incohérente, ses arguments pourraient néanmoins être solides.
Variantes :
- Ad hominem circonstanciel : « Vous argumentez ainsi uniquement parce que vous en tireriez profit. »
- Tu quoque (toi aussi) : « Vous me critiquez pour X, mais vous faites vous-même X. »
- Culpabilité par association : « Vous partagez cet avis avec le groupe Y, et le groupe Y est mauvais. »
2. Argumentum ad populum (appel à la majorité)
Ce sophisme affirme qu'une chose doit être vraie ou correcte parce que beaucoup de gens y croient.
Exemple : « La plupart des gens dans notre pays croient que la peine de mort a un effet dissuasif. Elle doit donc effectivement avoir un effet dissuasif. »
Pourquoi est-ce fallacieux ? Le nombre de personnes qui croient quelque chose n'a aucune influence sur la vérité réelle. L'histoire regorge d'exemples où la majorité avait tort.
3. Argumentum ad verecundiam (appel à l'autorité)
Ce sophisme s'appuie sur l'opinion d'une autorité pour soutenir un argument, sans fournir d'autres preuves.
Exemple : « Le professeur Müller, un physicien renommé, croit à l'astrologie. L'astrologie doit donc reposer sur des bases scientifiques. »
Pourquoi est-ce fallacieux ? Même les experts peuvent se tromper ou être biaisés dans des domaines en dehors de leur expertise. De plus, l'opinion d'une autorité ne remplace pas la nécessité de preuves et d'arguments.
Remarque : Toute référence à des experts n'est pas un sophisme. La référence à une expertise pertinente peut constituer un élément légitime de l'argumentation, mais elle ne devrait pas être le seul argument.
4. Argumentum ad misericordiam (appel à la pitié)
Ce sophisme tente de convaincre en suscitant la pitié ou d'autres émotions, au lieu de fournir des arguments objectifs.
Exemple : « L'accusé ne devrait pas être condamné. Il a trois jeunes enfants qui devraient grandir sans lui. »
Pourquoi est-ce fallacieux ? La situation familiale de l'accusé n'a rien à voir avec sa culpabilité ou son innocence. Les appels émotionnels peuvent certes être pertinents pour la fixation de la peine, mais ils ne devraient pas influencer l'établissement des faits.
5. Argumentum ad baculum (appel à la force ou à la peur)
Ce sophisme tente de convaincre en menaçant de conséquences négatives.
Exemple : « Si nous n'assouplissons pas les lois de protection de l'environnement, des milliers d'emplois seront perdus et l'économie s'effondrera. »
Pourquoi est-ce fallacieux ? Au lieu de discuter objectivement des avantages et des inconvénients des lois de protection de l'environnement, on argumente par la peur. Les conséquences négatives invoquées devraient en outre être prouvées.
6. Argument de l'homme de paille (Straw Man)
Dans l'argument de l'homme de paille, on présente la position de l'adversaire de manière déformée ou simplifiée afin de pouvoir l'attaquer plus facilement.
Exemple : Personne A : « Nous devrions investir davantage dans l'éducation. » Personne B : « Vous voulez donc que nous dépensions tout notre budget pour les écoles et qu'il ne reste plus rien pour la santé et les infrastructures ? C'est irresponsable ! »
Pourquoi est-ce fallacieux ? La personne B a présenté la position de la personne A de manière déformée. « Investir davantage dans l'éducation » ne signifie pas y consacrer la totalité du budget. Grâce à cette déformation, on érige un « homme de paille » facile à réfuter.
7. Hareng rouge (Red Herring)
Ce sophisme détourne l'attention de la question ou de l'argument réel en introduisant un sujet sans rapport.
Exemple : « Vous critiquez la politique fiscale de notre parti, mais avez-vous vu à quel point l'opposition gère mal le système éducatif ? »
Pourquoi est-ce fallacieux ? Au lieu de répondre à la critique de la politique fiscale, on introduit un sujet totalement différent (la politique éducative) pour détourner l'attention.