Énergie nucléaire
Un gramme d'uranium contient autant d'énergie qu'une tonne de charbon. Peu de techniques promettent autant et effraient autant.
L'énergie nucléaire est le grand sujet de discorde parmi les sources d'énergie. Pour les uns, elle est un sauveur du climat propre ; pour les autres, une invention diabolique impossible à maîtriser. Rarement fascination et effroi sont-ils aussi proches l'un de l'autre. C'est justement pourquoi il vaut ici de garder la tête particulièrement froide, car peu de sujets sont autant recouverts d'émotions, de symboles et de vieilles batailles de camps.
D'où vient l'énergie
La matière dont sont faites les étoiles se trouve aussi dans les noyaux atomiques qui nous entourent. Il existe deux façons d'y puiser. Dans la fission nucléaire, on brise des noyaux atomiques lourds comme l'uranium, ce qui libère une chaleur énorme. Dans la fusion nucléaire, à l'inverse, des noyaux légers comme l'hydrogène se soudent, et c'est le processus qui fait briller le soleil. Toutes les centrales nucléaires actuelles utilisent la fission ; la fusion n'est à ce jour pas utilisable en pratique, bien que l'on y fasse des recherches depuis des décennies.
Un peu d'histoire
La fission nucléaire fut découverte en 1938 à Berlin par Otto Hahn et Lise Meitner, et sa première application fut terrible : la bombe atomique de 1945. De cette origine militaire provient une part de la peur qui se fait encore sentir aujourd'hui. Dans les années 1950 commença, sous le mot d'ordre « Atoms for Peace », l'usage civil, et pendant quelques décennies, le nucléaire passa pour l'énergie de l'avenir : propre, bon marché, illimitée. Deux noms mirent fin à cette euphorie : Tchernobyl en 1986 et Fukushima en 2011. L'Allemagne en tira les conséquences et arrêta ses derniers réacteurs en 2023, tandis que d'autres pays comme la France continuent de miser fortement sur le nucléaire.1
Comment fonctionne un réacteur
Au fond, une centrale nucléaire est étonnamment vieux jeu : c'est une manière très sophistiquée de faire bouillir de l'eau. La fission nucléaire produit de la chaleur, la chaleur produit de la vapeur, la vapeur entraîne une turbine, et celle-ci produit de l'électricité, exactement comme dans une centrale à charbon, mais sans cheminée et sans CO₂. La différence réside dans le combustible et dans ce qu'il laisse derrière lui.
Avantages
Les atouts sont réels et ne devraient pas être minimisés. Le nucléaire fournit de l'électricité de façon fiable vingt-quatre heures sur vingt-quatre, indépendamment de la météo et de l'heure du jour, et convient donc comme charge de base. Il émet très peu de CO₂ à l'usage, il est donc bien meilleur pour le climat que le charbon ou le gaz. Et il est incroyablement dense en énergie : une quantité infime de combustible remplace des montagnes de charbon, ce qui signifie peu de surface et peu de transport.
Inconvénients et dangers
Mais le revers de la médaille pèse lourd. Premièrement, les déchets radioactifs : ils rayonnent pendant des dizaines de milliers d'années et doivent être stockés en sécurité tout ce temps, plus longtemps qu'aucune civilisation humaine n'a existé jusqu'ici. À ce jour, il n'existe dans le monde aucun site de stockage définitif en exploitation durable. Nous repoussons ce problème vers les générations futures.
Deuxièmement, le risque d'accident : les accidents graves sont certes rares, mais lorsque quelque chose tourne mal, une région entière peut devenir inhabitable pendant des décennies, comme l'ont montré Tchernobyl et Fukushima. Troisièmement, les coûts et la durée : les nouveaux réacteurs sont extrêmement chers et demandent souvent quinze à vingt ans jusqu'à leur achèvement, un temps qui manque dans la lutte contre la crise climatique. Et quatrièmement, le lien avec la bombe : qui sait enrichir l'uranium s'approche dangereusement de l'arme atomique, raison pour laquelle la technique nucléaire est toujours aussi une question de guerre et de paix.
Le regard critique
Sur peu de sujets la pensée autonome est aussi utile qu'ici, car les deux camps travaillent avec des raccourcis. Les partisans ne parlent volontiers que du climat et taisent les déchets, les coûts et le stockage définitif. Les adversaires invoquent souvent une image de catastrophe qui exagère les risques réels mais statistiquement rares, tandis qu'ils mentionnent à peine les morts de la production d'électricité au charbon, qui sont pourtant chaque année bien plus nombreux.
Un jugement honnête tient les deux ensemble : le nucléaire n'est ni la fin du monde ni la solution miracle. C'est une technique aux avantages réels et aux charges réelles, parfois très longues. Qui veut prendre part au débat demande donc concrètement : que coûte réellement l'électricité, si l'on compte la construction, le démantèlement et le stockage définitif ? Qui est responsable en cas de sinistre ? Et qui porte la charge des déchets, nous ou nos arrière-arrière-petits-enfants ? Car derrière la question apparemment purement technique se cache une question profondément morale : quels risques avons-nous le droit de prendre, dont les conséquences seront portées par des êtres humains qui ne sont pas encore nés ?