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Énergie : sources et formes

Rien n'arrive sans énergie. Qui la comprend comprend une part de ce qui tient notre monde ensemble, et de qui le tient en main.

L'énergie fait penser aux cours de physique, aux formules et aux chiffres arides. Elle est pourtant l'une des choses les plus politiques qui soient. Qui a accès à l'énergie peut se chauffer, voyager, produire et prendre part au débat ; qui n'en a pas grelotte et reste à la traîne. Un regard critique sur l'énergie n'est donc pas une simple question technique, mais une question d'autodétermination : comprenons-nous ce dont nous dépendons, ou laissons-nous d'autres en décider à notre place ?

Énergie et puissance : deux mots que l'on confond souvent

Dans la vie courante, nous mélangeons les deux notions, mais elles ne désignent pas la même chose. L'énergie est la capacité de produire un effet : générer de la chaleur, soulever une charge, faire avancer une voiture. La puissance est l'énergie par unité de temps, c'est-à-dire la vitesse à laquelle cette capacité s'écoule.

Une image le rend clair : l'énergie, c'est l'eau dans le seau ; la puissance, c'est le jet qui sort du robinet. Un mince filet d'eau (faible puissance) peut remplir le même seau en plusieurs heures qu'une giclée vigoureuse (forte puissance) en quelques secondes. L'énergie se mesure en kilowattheures (kWh), la puissance en watts (W). Une vieille ampoule de 100 watts qui brûle pendant dix heures consomme un kilowattheure. C'est justement cette distinction que l'on brouille volontiers dans les débats, par exemple lorsqu'une « installation géante » est vantée pour sa puissance de pointe, sans que personne ne dise combien elle fournit réellement sur l'année.

À quoi nous sert l'énergie

Presque tout ce qui fait notre journée est de l'énergie convertie. Nous chauffons en hiver et refroidissons en été, nous cuisinons, nous éclairons les pièces, nous nous déplaçons en bus, en train et en voiture, nous soulevons des charges avec des grues et des ascenseurs, et même la lecture de ce texte passe par un appareil qui calcule. Pas de prospérité sans énergie : elle est la matière première silencieuse derrière la nourriture, les vêtements, le logement et la communication.

Combien un être humain produit-il, combien consomme-t-il ?

C'est ici que cela devient intéressant, car la comparaison démasque une évidence. Une personne qui fait un effort ne fournit durablement qu'environ 100 watts de puissance musculaire utile, soit tout juste autant que cette vieille ampoule. Un cycliste professionnel entraîné tient peut-être 300 à 400 watts pendant un court moment, mais pas longtemps.

Mettons maintenant en face l'énergie qu'une personne d'un pays riche mobilise réellement. Si l'on additionne tout (électricité, chauffage, transports, l'énergie nécessaire aux marchandises fabriquées), un habitant de l'Allemagne consomme en moyenne quelque 6000 watts vingt-quatre heures sur vingt-quatre.1 C'est soixante fois ce qu'il peut lui-même produire. Autrement dit : chacun de nous commande invisiblement des dizaines d'« esclaves énergétiques » infatigables qui triment en arrière-plan, machines, moteurs et centrales. Ce confort est un privilège énorme, et il est inégalement réparti : à l'échelle mondiale, la moyenne se situe plutôt autour de 2500 watts, et bien en dessous dans de nombreux pays.

C'est exactement là que se situe l'idée de la société à 2000 watts, un concept venu de Suisse. Elle pose simplement la question : combien chaque être humain pourrait-il consommer durablement si tous en recevaient autant et si la planète le supportait ? La réponse est d'environ 2000 watts.1 Ce n'est pas une menace de privation, mais une question de justice, que l'on peut poser dès lors que l'on a saisi les chiffres.

Consommation d'énergie et qualité de vie

Un mythe tenace prétend ceci : plus d'énergie signifie plus de prospérité, moins d'énergie signifie privation et recul. Les chiffres racontent une autre histoire. Dans de nombreux pays industrialisés, l'économie croît alors que la consommation d'énergie diminue. En Allemagne par exemple, la consommation d'énergie finale est en recul tendanciel depuis les années 1990, alors que le produit intérieur brut (PIB) a nettement augmenté durant la même période.2 Les spécialistes appellent cela le découplage : prospérité et appétit énergétique ne marchent plus au même pas.

Cela devient possible grâce à l'efficacité (une LED éclaire avec une fraction du courant d'une ampoule à incandescence), grâce à des maisons mieux isolées, à des moteurs plus sobres et à une transformation de l'économie qui s'éloigne de l'industrie lourde gourmande en énergie pour aller vers les services. Le message décisif est émancipateur : une meilleure qualité de vie se concilie très bien avec une consommation d'énergie et des émissions de CO₂ plus faibles. Un foyer chaud et lumineux, une bonne nourriture, la mobilité et la culture ne dépendent pas de la simple quantité de kilowattheures consommés, mais de l'intelligence avec laquelle nous les employons. Qui comprend cela n'a pas à se laisser imposer le débat comme un choix entre protection du climat et vie bonne, car cette opposition est souvent une manœuvre rhétorique, non une loi de la nature.

Beaucoup de formes, beaucoup de sources

L'énergie se présente sous de nombreux visages : mouvement, chaleur, lumière, liaison chimique, courant électrique.3 Pour nous, deux extrémités de la chaîne comptent avant tout : l'électricité et la chaleur.

Nous produisons aujourd'hui l'électricité à partir d'un mélange bigarré : le vent à terre et en mer, l'eau courante, le soleil, auxquels s'ajoutent le charbon, le pétrole, le gaz et l'incinération des déchets, la géothermie ainsi que la fission nucléaire (et peut-être un jour la fusion nucléaire). La chaleur, elle, nous vient du soleil directement, mais aussi du charbon, du pétrole, du gaz, de la biomasse comme le bois et, là encore, de l'énergie nucléaire.

Avant que tout cela ne devienne électricité ou chaleur, il y a les sources d'énergie primaire, grossièrement classées en trois groupes : les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), l'énergie nucléaire et les énergies renouvelables (soleil, vent, eau, biomasse, géothermie). Chaque conversion a un coût, car à chaque étape une partie se perd sous forme de chaleur inutilisée. C'est pourquoi le kilowattheure le plus efficace est toujours celui que nous ne consommons pas du tout.

Au fond, il n'y a que quelques origines

Aussi déroutante que paraisse cette diversité, presque tout se ramène à une poignée de sources originelles. La plus importante, et de loin, est le soleil. Il entraîne la météo et donc le vent ; il fait évaporer l'eau qui, sous forme de pluie, alimente les rivières et donc l'énergie hydraulique ; il fait pousser les plantes dont on tire nourriture, bois et biomasse. Et même le charbon, le pétrole et le gaz ne sont rien d'autre que de l'énergie solaire très ancienne, fixée dans des plantes et des micro-organismes puis comprimée dans le sol pendant des millions d'années. Lorsque nous brûlons des combustibles fossiles, nous brûlons la lumière du soleil d'avant-hier.

Rares sont les sources qui ne proviennent pas du soleil : la géothermie, issue de l'intérieur brûlant de la Terre, chauffé en partie par la radioactivité ; l'énergie nucléaire, dont les atomes lourds sont nés jadis dans des explosions d'étoiles ; et l'énergie des marées, qui vient de l'attraction de la Lune et du Soleil. C'est plus qu'une jolie leçon de sciences naturelles : cela montre à quel point nous sommes profondément inscrits dans de plus grands cycles, et combien il est myope de consumer en quelques générations une réserve vieille de millions d'années.

Pourquoi cela concerne tout le monde

Il n'est pas nécessaire d'être physicien pour prendre part au débat sur l'énergie. Il suffit de connaître la différence entre énergie et puissance, de savoir situer ses propres chiffres et de demander d'où vient réellement une chose et à qui elle profite. Car derrière chaque kilowattheure se cachent des décisions sur les prix, les dépendances et le pouvoir. Qui comprend les notions de base ne se laisse prendre ni par les promesses publicitaires ni par les slogans anxiogènes, et peut juger de façon autonome. C'est précisément l'enjeu de la pensée critique appliquée à l'énergie : non pas apprendre des réponses par cœur, mais savoir poser les bonnes questions.

Footnotes

  1. 🇩🇪 « 2000-Watt-Gesellschaft », dans : Wikipedia, de.wikipedia.org/wiki/2000-Watt-Gesellschaft. Chiffres comparatifs sur la consommation d'énergie par habitant, entre autres chez 🇬🇧 Our World in Data – Energy. 2

  2. 🇩🇪 « Endenergieverbrauch », dans : Wikipedia, de.wikipedia.org/wiki/Endenergieverbrauch. Sur le découplage entre croissance économique et consommation d'énergie, voir aussi 🇬🇧 Our World in Data – Energy ainsi que 🇫🇷 les chiffres clés de l'énergie de l'ADEME.

  3. Un aperçu des formes physiques de l'énergie est donné par 🇫🇷 « Énergie », dans : Wikipédia, fr.wikipedia.org/wiki/Énergie, ainsi que 🇩🇪 « Energie », dans : Wikipedia, de.wikipedia.org/wiki/Energie.