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Énergie végétale

Chaque plante est une petite centrale électrique nourrie de lumière. Presque tout ce qui nous réchauffe et nous nourrit commence dans une feuille verte.

Les plantes paraissent silencieuses et inoffensives, mais elles sont en réalité le fondement de presque toute l'énergie que nous utilisons. Elles font quelque chose qu'aucune de nos machines ne sait faire : elles captent la lumière du soleil et la transforment en une matière que l'on peut manger, brûler et stocker. Qui saisit cela ne voit plus un champ de blé ou une forêt comme un simple paysage, mais comme ce qu'ils sont : une gigantesque installation énergétique silencieuse.

La centrale verte

Le tour de force s'appelle photosynthèse. À partir de lumière, d'eau et du dioxyde de carbone de l'air, une plante fabrique du sucre et, de là, tout le reste : amidon, bois, fibres, huiles. On peut se le représenter comme une recharge. La plante stocke l'énergie solaire dans des liaisons chimiques, comme une batterie stocke de l'électricité. Plus tard, lorsque nous mangeons ou brûlons la plante, cette énergie se libère de nouveau.

Le fait remarquable : c'est la seule grande voie par laquelle l'énergie vivante entre dans le monde. Les animaux ne savent pas le faire, les êtres humains ne savent pas le faire, aucune usine ne sait le faire à grande échelle. Tous, du chevreuil à la multinationale, vivent en dernier ressort de ce que les plantes ont un jour capté. Cette dépendance est facile à négliger, précisément parce qu'elle est si complète.

Les plantes comme nourriture

C'est en mangeant que nous ressentons l'énergie végétale le plus directement. Le pain, le riz, les pommes de terre, les fruits : tout cela est du soleil stocké, mesuré en calories, ce qui n'est rien d'autre qu'une unité d'énergie. Lorsqu'un paquet de muesli indique « 2000 kilocalories », il indique au fond combien de lumière solaire ce champ a rassemblée pour nous.

La viande n'est elle aussi qu'un détour par la plante. Un bovin mange de l'herbe et la convertit en muscles, mais à chaque étape de cette chaîne, une grande partie de l'énergie se perd sous forme de chaleur. En gros : seule une fraction de l'énergie végétale nous parvient finalement sous forme de viande. C'est pourquoi une assiette riche en viande exige beaucoup plus de surface cultivée qu'une assiette de légumes et de céréales. Ce n'est pas une leçon de morale, mais un simple calcul énergétique, et il explique pourquoi la question de ce que nous mangeons est toujours aussi une question d'énergie et de surface.

Les plantes comme combustible

La plus ancienne technique énergétique de l'humanité est le feu, et son combustible est le bois. Un feu de camp libère exactement l'énergie solaire que l'arbre a emmagasinée pendant des décennies. Aujourd'hui encore, des milliards de personnes cuisinent et se chauffent avec du bois, du charbon de bois ou de la bouse séchée. S'y ajoutent des formes modernes : les granulés de bois, le biogaz issu du lisier et des restes alimentaires, le biodiesel tiré du colza ou le bioéthanol tiré du maïs et de la canne à sucre, que l'on mélange à l'essence.

Ces combustibles issus de matière vivante s'appellent la biomasse.1 Ils sonnent comme la solution parfaite, car renouvelables et, contrairement au charbon, faits du soleil d'aujourd'hui plutôt que de celui d'avant-hier. Mais c'est justement ici qu'un regard critique s'impose.

Le hic : la surface, l'assiette et le réservoir

La biomasse a un prix inconfortable, et ce prix s'appelle la surface. Qui cultive du maïs pour le réservoir d'une voiture ne peut pas cultiver sur le même champ des céréales pour le pain. Durant les années du grand essor des biocarburants, c'est exactement cela qui a fait grimper les prix alimentaires dans certaines régions. On a nommé ce conflit très justement « l'assiette ou le réservoir » : le champ doit-il nourrir les êtres humains ou l'automobile ?

L'étiquette « neutre pour le climat » ne tient pas toujours ses promesses non plus. Il est vrai qu'une plante qui repousse reprend le CO₂ libéré lors de la combustion. Mais si, pour cela, on défriche la forêt tropicale ou l'on assèche des tourbières, le bilan final est souvent plus dommageable que bénéfique. Et un arbre que nous brûlons aujourd'hui n'aura repoussé que dans plusieurs décennies : le compte ne s'équilibre que sur de longues périodes.

Les plantes sont en outre étonnamment inefficaces pour stocker la lumière du soleil. Seule une infime fraction de la lumière incidente finit en biomasse utilisable. Une cellule solaire sur la même surface récolte un multiple d'énergie. Qui croit donc que l'on pourrait faire fonctionner le monde entier au biocarburant sous-estime la quantité de terres que cela engloutirait.

Pourquoi nous devrions regarder de près

L'énergie végétale est un exemple modèle du fait qu'aucune forme d'énergie n'est seulement bonne ou seulement mauvaise. Du bois issu d'une forêt de la région gérée durablement est tout autre chose que de l'huile de palme pour laquelle la forêt vierge brûle. Du biogaz issu de déchets qui existent de toute façon est judicieux ; des plantes énergétiques cultivées spécialement pour cela ne le sont souvent pas.

La leçon émancipatrice est simple : ne vous laissez pas endormir par les étiquettes vertes, mais ne diabolisez pas non plus la chose en bloc. Demandez plutôt d'où vient la biomasse, quelle surface elle coûte et à qui elle profite en définitive. Les plantes nous rappellent que toute énergie vient au bout du compte de la lumière, et que la ressource réellement rare n'est pas le soleil, mais le sol sur lequel nous le récoltons.

Footnotes

  1. Notions de base sur la photosynthèse, la biomasse et la bioénergie, entre autres chez 🇫🇷 « Biomasse (énergie) », dans : Wikipédia, fr.wikipedia.org/wiki/Biomasse_(énergie) et 🇩🇪 « Biomasse », dans : Wikipedia, de.wikipedia.org/wiki/Biomasse, ainsi qu'auprès de 🇩🇪 l'Umweltbundesamt – Erneuerbare Energien et de 🇫🇷 l'ADEME. Sur le débat de « l'assiette ou le réservoir », voir 🇬🇧 Our World in Data – Energy.