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Pensée critique - Introduction du Module Laïcité

 

1. Où nous en sommes

  • Deux grandes problématiques ont déjà été abordées : d’une part les rapports entre la pensée critique et la politique, avec des questions cruciales comme la tyrannie et le conformisme ; d’autre part quelques éléments d’histoire de la pensée critique, de Thalès jusqu’au développement du libre examen contemporain.
  • Ce module noue les deux fils en reliant la question de la laïcité à celle de la pensée critique.

2. Un adversaire commun : l’État à religion officielle

  • Au premier abord, laïcité et pensée critique se rejoignent par leur commune opposition à l’idée d’un pouvoir politique fondé sur une religion officielle.
  • Pour la pensée critique, cette opposition a déjà été longuement étudiée : c’est celle de l’argument d’autorité et de l’argument de raison.
  • Tout gouvernant autoritaire prétend définir les orientations de la vie et penser à la place des individus qui composent le peuple sur lequel il règne.
  • D’où la question directrice : si l’exercice de la pensée critique est incompatible avec un État théologien fondé sur une autorité dogmatique, avec quel type d’État est-il alors compatible ?

3. Quel État un penseur libre appellerait-il de ses vœux ?

  • Un pouvoir politique reste nécessaire : sans ordre, ce serait l’anarchie et la loi du plus fort. La question n’est donc pas de supprimer l’État, mais de savoir lequel souhaiter.
  • Nous vivons en société : si chacun chérit sa liberté, sans laquelle la pensée critique ne peut exister, il faut rendre toutes ces libertés compatibles entre elles, au besoin par la force. C’est le rôle primordial de tout État.
  • La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 le formule ainsi : la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui, ce que l’on dit familièrement « ma liberté s’arrête où commence celle d’autrui ».

4. Ce qui caractérise un État laïque

  • Absence de religion officielle et neutralité à l’égard des divers engagements spirituels, religieux ou non.
  • Chacun peut s’orienter comme il l’entend dans la vie et se trouve donc en mesure, s’il veut faire l’effort nécessaire, d’exercer pour cela sa pensée critique, à condition de respecter la même liberté chez autrui.
  • L’État laïque ne privilégie ni ne discrimine personne selon ses croyances : celles-ci ne constituent ni un avantage ni un désavantage, il n’en tient pas compte. Il travaille pour tout le peuple, le laos en grec, et non pour la partie qui pratiquerait la « bonne » religion.
  • À l’opposé de l’État théocratique, il offre un large espace de liberté et garantit la liberté de conscience.

5. Laïcité, démocratie et vigilance des citoyens

  • L’étude des sophistes et de Socrate dans la Grèce antique l’avait déjà montré : en démocratie, il est nécessaire que les individus exercent leur pensée critique pour trouver des solutions d’intérêt général aux problèmes politiques.
  • Les États modernes ont réactualisé l’idée grecque de démocratie sous une forme représentative, la démocratie directe n’étant possible que dans de petites entités ; au cours des 19e et 20e siècles, ils sont devenus de plus en plus laïques et de plus en plus démocratiques.
  • La démocratie suppose des citoyens vigilants, actifs, imaginatifs, exerçant rigoureusement la pensée critique pour élaborer en commun les lois de la cité et, surtout, pour contrôler que l’État reste dans les limites de la laïcité et ne se transforme pas subrepticement en pouvoir autoritaire et intolérant.

6. Programme du module

  • Comparaison de différents modèles de laïcité : France, Belgique, États-Unis.
  • Deux points reliés aux pressions religieuses contemporaines qui mettent la laïcité en péril : d’abord le créationnisme et les attaques des fondamentalistes protestants contre la biologie évolutionniste et la liberté de la science dans les écoles publiques des États-Unis, dont on tirera aussi quelques leçons pour l’Europe ; ensuite la genèse de l’islamisme contemporain, phénomène international présenté comme un très grave danger pour la laïcité et pour la pensée critique.
  • Dans ce dernier cas, plusieurs manières possibles de réagir seront envisagées.

L’introduction pose une thèse forte : la laïcité n’est pas un simple arrangement juridique entre l’État et les cultes, elle est la condition institutionnelle de la pensée critique. Un État qui impose une vérité officielle pense à la place de ses citoyens ; un État neutre leur laisse la charge, et donc la possibilité, de penser par eux-mêmes.

La relation joue aussi dans l’autre sens. La laïcité n’est jamais acquise une fois pour toutes : elle dépend de citoyens capables de repérer les glissements par lesquels un pouvoir redevient dogmatique. La pensée critique est ce qui garde la laïcité autant que la laïcité est ce qui rend la pensée critique possible.