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Pensée critique - Résumé de la section: Laïcité et biologie

 

1. L’attaque frontale des années 1920

  • L’histoire des pressions religieuses sur l’enseignement de la biologie commence par une attaque frontale contre la théorie de l’évolution et contre la liberté de la science.
  • Dans les années 1920 sont votées les fameuses monkey laws, des lois interdisant d’enseigner, contrairement à ce que dit la Bible, la théorie de Darwin : notamment que l’homme descend de grands singes aujourd’hui disparus.
  • Ce langage avait au moins le mérite de la clarté et de la franchise : le darwinisme était interdit parce que supposé contraire à la religion.
  • La liberté de la science et de l’enseignement faisait alors face à un État protégeant la religion, bref à un État non véritablement laïque.

2. 1968 : la Cour suprême et le premier amendement

  • En 1968, la Cour suprême des États-Unis déclare ces lois inconstitutionnelles.
  • Le motif : elles entravent le libre développement de la science, qui est le cœur de la pensée critique, au nom d’une lecture littéraliste de la Bible, texte religieux s’il en est.
  • Le raisonnement juridique s’appuie sur le premier amendement, qui interdit l’établissement d’une religion. Interdire un cours de sciences parce qu’il est supposé contredire telle ou telle doctrine religieuse revient à faire des pouvoirs publics les défenseurs d’une religion officielle.

3. Le retournement du langage : « enseigner la controverse »

  • Après 1968, ne pouvant plus interdire le darwinisme, les créationnistes changent de stratégie et de vocabulaire : ils invoquent désormais nos propres valeurs.
  • Ils font en quelque sorte rentrer le créationnisme par la fenêtre des classes en demandant qu’on enseigne les deux thèses, au motif que le sujet serait controversé : certains penseraient ainsi, d’autres autrement, présentons donc les deux conceptions aux élèves, qui formeront leur jugement et exerceront leur pensée critique.
  • Le procédé consiste à récupérer à leur profit les idées de l’adversaire. Mais la controverse invoquée est artificielle : elle n’a tout simplement pas lieu d’être pour les scientifiques dignes de ce nom.
  • L’effet recherché est l’introduction de la confusion dans les esprits.

4. Le dessein intelligent et le procès de 2005

  • Les créationnistes élaborent une théorie à prétention scientifique, le dessein intelligent, qui leur permet de jeter le discrédit sur l’école publique : celle-ci n’enseignerait que le darwinisme et aurait peur de la controverse.
  • Dans le procès de 2005, le juge Jones doit se rendre à l’évidence : pour un esprit rigoureux, ou simplement honnête, la controverse n’existe pas.
  • Le dessein intelligent est de la religion déguisée en science ; il n’a donc pas sa place dans une classe de biologie, même sous la forme d’un avertissement donné aux élèves.
  • Les biologistes des grandes universités américaines appelés à témoigner montrent tous que l’idée d’un ingénieur surnaturel ayant conçu et façonné les organismes complexes n’a aucune validité scientifique.

5. Une vigilance toujours nécessaire

  • Ces réfutations n’ont pas empêché les créationnistes de poursuivre leurs activités de sape de la science.
  • On les retrouve aujourd’hui en Europe, parlant le langage de la pensée critique pour mieux l’étouffer.
  • Renforcer la vigilance des esprits libres à l’égard de telles stratégies est l’un des buts explicites de ce cours.

Cette section décrit une trajectoire complète : d’une interdiction ouverte, facile à identifier et à sanctionner juridiquement, vers une opération beaucoup plus subtile qui emprunte les mots mêmes de ses adversaires. Le pluralisme, l’ouverture au débat, l’invitation à se forger son propre jugement sont des valeurs authentiques de la pensée critique ; c’est précisément pour cela qu’elles peuvent être détournées.

L’enseignement décisif tient dans un critère simple : une controverse ne s’invoque pas, elle se constate. Il existe une différence de nature entre un désaccord réel au sein d’une communauté scientifique et un désaccord fabriqué de l’extérieur pour affaiblir un enseignement. Savoir distinguer les deux, c’est-à-dire vérifier qui débat, sur quelles données et dans quelles publications, est ce qui permet à la pensée critique de ne pas être retournée contre elle-même.