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Pensée critique - La genèse de l'islamisme contemporain

 

1. Pourquoi aborder cette question

  • Le module traite du retour du religieux et de ses implications pour la pensée critique et la laïcité. À ce titre, la genèse de l’islamisme contemporain doit être envisagée de façon pédagogique et sans entrer dans les polémiques.
  • Ce courant est internationalement très actif et s’oppose parfois de façon radicale à l’idée même de laïcité, donc à l’égalité des croyants et des non-croyants, ainsi qu’à une pensée libre qui ne se référerait pas à Dieu.

2. Une distinction préalable : islam, islamisme, djihadisme

  • L’islam est une religion pratiquée par plus d’un milliard et demi de personnes, dont la très grande majorité est pacifique et peut vivre sous un État laïque, lequel protège les membres de toutes les communautés religieuses, y compris minoritaires et donc vulnérables.
  • L’islamisme est un mouvement prônant l’islam politique et l’application de la charia, la loi musulmane. Il est incompatible avec la laïcité lorsqu’il veut que l’État applique la charia, c’est-à-dire défende une religion officielle : la loi de Dieu prévaut alors sur la loi des hommes, la loi du laos, du peuple. Dans ce cas la liberté de conscience est niée et l’État, au lieu de traiter tout le monde de façon égale, doit favoriser les bons croyants et chasser les mécréants.
  • Nuance apportée par le cours : certains islamistes pratiquent simplement une religion très conservatrice et restent entre eux, sans se soucier de politique.
  • Le djihadisme résulte du passage à la violence et à la terreur d’une frange de l’islamisme contemporain.

3. Expansion et apogée, du 7e au 12e siècle

  • À partir du 7e siècle, l’islam, religion née en Arabie, conquiert de façon fulgurante d’immenses territoires : à l’est au détriment de l’Empire perse, à l’ouest au détriment de l’Empire byzantin. L’Espagne est occupée et l’avancée arabe est arrêtée à Poitiers en 732.
  • Dans de nombreuses régions, l’islamisation va de pair avec une arabisation (adoption de la langue arabe). Ailleurs, comme en Iran, en Afghanistan ou en Indonésie, les populations se convertissent mais gardent leur langue véhiculaire, l’arabe restant seulement la langue sacrée du Coran.
  • La splendeur de l’islam arabe s’étend grosso modo du 8e au 12e siècle ; elle est symbolisée par Cordoue en Espagne et Bagdad en Mésopotamie, l’Irak actuel.

4. Déclin, nouveaux empires et impérialisme européen

  • Le déclin s’amorce aux 12e et 13e siècles : les chrétiens reconquièrent progressivement l’Espagne, les Mongols saccagent Bagdad, et de nombreuses régions n’obéissent plus aux califes, ce qui provoque une fragmentation politique de l’islam. L’Europe commence alors à monter en puissance.
  • À partir du 16e siècle, trois grands empires musulmans se forment, mais ce n’est plus l’islam arabe qui domine : les Turcs ottomans, qui ont conquis Constantinople en 1453 ; les Perses de la dynastie séfévide ; les Moghols en Inde.
  • Ces entités déclinent à leur tour tandis que l’Europe affirme son dynamisme et son impérialisme, colonisant une grande partie du monde musulman. Il en résulte un profond ressentiment dès le 19e siècle.

5. Deux réponses opposées au déclin

  • Au 19e puis au 20e siècle, des mouvements se développent pour lutter contre le déclin du monde musulman, dans deux directions radicalement opposées.
  • La première veut emprunter à l’Europe ses secrets en créant des États modernes. Le modèle en est Gamal Abdel Nasser, général égyptien ayant pris le pouvoir en 1952 et imité par de nombreux dirigeants. Il s’agit de moderniser les sociétés musulmanes sans emprunter à l’Europe la démocratie et les droits de l’homme, c’est-à-dire, note le cours, sans les contrepoids à l’autorité potentiellement tyrannique de l’État.
  • Ces régimes de type nassérien, corrompus et despotiques, entrent en crise à partir des années 1970.

6. La saisie de l’occasion par les islamistes

  • C’est à ce moment que les islamistes saisissent leur chance, avec un diagnostic inverse : si tout allait mal, c’était parce qu’on avait abandonné l’islam pur, l’islam des origines.
  • Il ne fallait donc pas imiter le monde européen « mécréant », mais réaffirmer la suprématie de la charia. Cette ré-islamisation devient une lame de fond dans les communautés musulmanes, y compris dans les minorités musulmanes d’Europe.
  • Une frange se radicalise et rejoint les rangs des combattants djihadistes et du terrorisme, d’abord sous l’égide de Ben Laden, puis de Daech.

L’intérêt de ce parcours historique pour un cours de pensée critique tient à sa méthode plus qu’à son objet. Il s’agit d’analyser avec le plus de rigueur possible des processus qui constituent la négation même de la pensée critique. Comprendre la généalogie d’un mouvement n’est pas l’approuver : la démarche consiste à substituer une explication historique articulée (conquête, apogée, déclin, colonisation, ressentiment, échec des modernisations autoritaires) aux explications globalisantes qui confondraient islam, islamisme et djihadisme.

La distinction posée d’entrée est elle-même un exercice critique : elle empêche de faire glisser un raisonnement d’un terme à l’autre, ce qui reviendrait à imputer à un milliard et demi de personnes ce qui relève d’un courant politique, voire d’une frange violente de ce courant. Cette clarification conceptuelle ouvre la question qui suit : le retour offensif du religieux doit-il être affronté par des accommodements, ou ceux-ci constituent-ils une mauvaise solution au problème posé ?

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