Skip to main content
note
This page was translated from the German original, partly by machine. Some passages may read awkwardly or contain inaccuracies. When in doubt, please read the original.

Pensée critique - Les Monkey Laws

 

1. La généralisation de l’enseignement secondaire change la donne

  • Après la Première Guerre mondiale, dans les années 1920, l’enseignement secondaire se généralise aux États-Unis comme ailleurs, de la même façon que l’enseignement primaire obligatoire s’était progressivement étendu à la fin du XIXe siècle.
  • Or on enseigne la biologie dans le secondaire. Le darwinisme cesse donc d’être une discussion entre scientifiques : il va toucher toute une classe d’âge, donc à terme presque toute la population.
  • Les fondamentalistes réagissent précisément à ce changement d’échelle : ce qu’ils redoutent, c’est que la doctrine « corrompe l’esprit de la jeunesse ».

2. Les « Monkey Laws »

  • Forts de leur influence, les fondamentalistes obtiennent le vote de lois interdisant l’enseignement des théories de Darwin, en particulier dans les États du Sud, plus conservateurs.
  • On appelle ces lois, par dérision, les « Monkey Laws », les lois du singe : elles interdisent d’enseigner que l’homme descend du singe, qu’il n’est pas fondamentalement distinct des animaux dans la création, et interdisent d’enseigner la sélection naturelle.
  • Le cours souligne le coût de cette interdiction. Si les théories de Darwin sont valides, ce que la suite confirmera, priver les élèves de biologie au sens de la science en train de se faire, c’est les appauvrir et se priver de vocations possibles de chercheurs, d’enseignants, de découvreurs.

3. Le procès Scopes à Dayton

  • Dans la plupart des États, écoles et enseignants se soumettent. Sauf au Tennessee, dans une petite ville nommée Dayton, où un jeune professeur, Scopes, décide d’enseigner malgré tout la biologie darwinienne, alors qu’une loi de l’État l’interdit.
  • Il l’a probablement fait délibérément : des associations souhaitaient faire remonter l’affaire jusqu’à la Cour suprême et créer un débat public sur ces lois.
  • Ce procès est le premier procès médiatique, avec les médias de l’époque : radio, téléphone, télégraphe.
  • Scopes est défendu par un grand avocat new-yorkais, Clarence Darrow, athée ou agnostique. En face, l’accusation est conseillée par un homme politique célèbre et fondamentaliste, William Jennings Bryan.

4. Le retournement de l’audience et une victoire à la Pyrrhus

  • Le moment décisif est le contre-interrogatoire de Bryan par Darrow. Puisque Bryan défend la Bible et juge les cours de biologie darwinienne contraires à celle-ci, Darrow lui demande de l’expliquer.
  • Darrow met alors au jour les contradictions internes du texte : les générations évoquées à un endroit ne correspondent pas aux chiffres donnés ailleurs. Bryan, qui prétendait défendre la Bible, se retrouve complètement perdu.
  • La conclusion de Darrow est un argument de pensée critique : vous interdisez le darwinisme au nom d’une conception que vous ne comprenez pas vous-même et qui est très confuse. Bryan se ridiculise ; il meurt quelques mois après le procès.
  • Scopes est néanmoins condamné : il a violé la loi, on ne pouvait guère aboutir à autre chose. La peine est légère, mais la défaite juridique est réelle.

5. L’effet d’entraînement : l’autocensure des éditeurs

  • Après cette défaite, les lois se généralisent, en particulier dans le Sud, et l’on n’enseigne plus la théorie darwinienne.
  • L’effet dépasse largement les États qui interdisent. Les maisons d’édition de manuels scolaires n’ont aucun intérêt à publier des ouvrages invendables dans la moitié des États : elles retirent donc la théorie de l’évolution de leurs manuels, quoi qu’elles en pensent par ailleurs.
  • Le darwinisme continue d’être enseigné à l’université, mais tout le monde n’y va pas. Cette éclipse dans le secondaire empêche la naissance de vocations et brise une certaine dynamique du savoir.

6. 1957 : le choc Spoutnik relance le conflit

  • En 1957, un événement apparemment sans rapport crée un traumatisme : en pleine guerre froide et en pleine compétition avec les Américains, les Soviétiques lancent le Spoutnik. Ce n’est plus l’athéisme soviétique qui inquiète, comme à l’époque où Eisenhower faisait inscrire « In God We Trust » sur les billets, mais la puissance technologique soviétique, capable de mettre en orbite un satellite artificiel.
  • Les autorités réagissent en décidant de renforcer l’enseignement des sciences, et notamment de la biologie : on envisage des vols habités, donc la réaction des organismes dans l’espace.
  • Or la biologie de l’époque constitue une large confirmation du darwinisme : la découverte de l’ADN corrobore ce qu’avançait Darwin.
  • Il faut donc enseigner cette biologie-là, alors que les lois anti-darwiniennes existent toujours. Les fondamentalistes s’en souviennent, et le conflit resurgit.

L’épisode des Monkey Laws montre qu’un débat peut être perdu sur le fond et gagné sur le droit, ou l’inverse. Darrow l’emporte dans l’espace public en retournant contre Bryan sa propre autorité : celui qui invoque un texte pour interdire un enseignement doit au moins être capable d’en rendre compte, et l’examen révèle qu’il ne le peut pas. Scopes est pourtant condamné, parce que le juge applique une loi qui existe, indépendamment de la qualité des raisons qui l’ont fait voter.

Le mécanisme le plus instructif est peut-être le plus discret : ce ne sont pas les seules interdictions légales qui font disparaître l’évolution des classes, mais le calcul commercial des éditeurs, qui étend l’effet de la censure bien au-delà des États qui l’ont votée. Une contrainte juridique locale se transforme ainsi, par simple logique de marché, en appauvrissement national du contenu enseigné, sans qu’aucune décision explicite ait été prise en ce sens.

No summary of this video available yet. 😪