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Pensée critique - La genèse de l'islamisme contemporain

 

1. Pourquoi aborder cette question

  • Le module traite du retour du religieux et de ses implications pour la pensée critique et la laïcité. À ce titre, la genèse de l’islamisme contemporain doit être envisagée de façon pédagogique et sans entrer dans les polémiques.
  • Ce courant est internationalement très actif et s’oppose parfois de façon radicale à l’idée même de laïcité, donc à l’égalité des croyants et des non-croyants, ainsi qu’à une pensée libre qui ne se référerait pas à Dieu.

1. Warum diese Frage behandelt wird

  • Das Modul behandelt die Rückkehr des Religiösen und ihre Folgen für das kritische Denken und die Laizität. In diesem Sinne muss die Entstehung des zeitgenössischen Islamismus in pädagogischer Absicht und ohne Eintritt in die Polemiken betrachtet werden.
  • Diese Strömung ist international sehr aktiv und stellt sich mitunter radikal gegen den Gedanken der Laizität selbst, also gegen die Gleichheit von Gläubigen und Nichtgläubigen, sowie gegen ein freies Denken, das sich nicht auf Gott bezieht.

2. Une distinction préalable : islam, islamisme, djihadisme

  • L’islam est une religion pratiquée par plus d’un milliard et demi de personnes, dont la très grande majorité est pacifique et peut vivre sous un État laïque, lequel protège les membres de toutes les communautés religieuses, y compris minoritaires et donc vulnérables.
  • L’islamisme est un mouvement prônant l’islam politique et l’application de la charia, la loi musulmane. Il est incompatible avec la laïcité lorsqu’il veut que l’État applique la charia, c’est-à-dire défende une religion officielle : la loi de Dieu prévaut alors sur la loi des hommes, la loi du laos, du peuple. Dans ce cas la liberté de conscience est niée et l’État, au lieu de traiter tout le monde de façon égale, doit favoriser les bons croyants et chasser les mécréants.
  • Nuance apportée par le cours : certains islamistes pratiquent simplement une religion très conservatrice et restent entre eux, sans se soucier de politique.
  • Le djihadisme résulte du passage à la violence et à la terreur d’une frange de l’islamisme contemporain.

2. Eine vorgängige Unterscheidung: Islam, Islamismus, Dschihadismus

  • Der Islam ist eine Religion, die von mehr als anderthalb Milliarden Menschen ausgeübt wird, deren allergrößte Mehrheit friedlich ist und unter einem laizistischen Staat leben kann, der die Angehörigen aller Religionsgemeinschaften schützt, auch die der Minderheiten und damit die verletzlichen.
  • Der Islamismus ist eine Bewegung, die den politischen Islam und die Anwendung der Scharia, des muslimischen Rechts, vertritt. Er ist mit der Laizität unvereinbar, sobald er will, dass der Staat die Scharia anwendet, das heißt eine offizielle Religion verteidigt: Das Gesetz Gottes geht dann dem Gesetz der Menschen vor, dem Gesetz des laos, des Volkes. In diesem Fall wird die Gewissensfreiheit verneint, und der Staat muss, statt alle gleich zu behandeln, die guten Gläubigen begünstigen und die Ungläubigen vertreiben.
  • Von der Lektion angebrachte Nuance: Manche Islamisten üben schlicht eine sehr konservative Religion aus und bleiben unter sich, ohne sich um Politik zu kümmern.
  • Der Dschihadismus ergibt sich aus dem Übergang zu Gewalt und Terror bei einem Teil des zeitgenössischen Islamismus.

3. Expansion et apogée, du 7e au 12e siècle

  • À partir du 7e siècle, l’islam, religion née en Arabie, conquiert de façon fulgurante d’immenses territoires : à l’est au détriment de l’Empire perse, à l’ouest au détriment de l’Empire byzantin. L’Espagne est occupée et l’avancée arabe est arrêtée à Poitiers en 732.
  • Dans de nombreuses régions, l’islamisation va de pair avec une arabisation (adoption de la langue arabe). Ailleurs, comme en Iran, en Afghanistan ou en Indonésie, les populations se convertissent mais gardent leur langue véhiculaire, l’arabe restant seulement la langue sacrée du Coran.
  • La splendeur de l’islam arabe s’étend grosso modo du 8e au 12e siècle ; elle est symbolisée par Cordoue en Espagne et Bagdad en Mésopotamie, l’Irak actuel.

3. Ausbreitung und Blüte, vom 7. bis zum 12. Jahrhundert

  • Ab dem 7. Jahrhundert erobert der Islam, eine in Arabien entstandene Religion, in atemberaubender Geschwindigkeit riesige Gebiete: im Osten auf Kosten des Perserreichs, im Westen auf Kosten des Byzantinischen Reiches. Spanien wird besetzt, und der arabische Vorstoß wird 732 bei Poitiers aufgehalten.
  • In zahlreichen Gegenden geht die Islamisierung mit einer Arabisierung einher (Übernahme der arabischen Sprache). Anderswo, etwa im Iran, in Afghanistan oder in Indonesien, treten die Bevölkerungen über, behalten aber ihre Verkehrssprache, wobei das Arabische nur die heilige Sprache des Korans bleibt.
  • Die Blüte des arabischen Islams reicht ungefähr vom 8. bis zum 12. Jahrhundert; sinnbildlich stehen dafür Córdoba in Spanien und Bagdad in Mesopotamien, dem heutigen Irak.

4. Déclin, nouveaux empires et impérialisme européen

  • Le déclin s’amorce aux 12e et 13e siècles : les chrétiens reconquièrent progressivement l’Espagne, les Mongols saccagent Bagdad, et de nombreuses régions n’obéissent plus aux califes, ce qui provoque une fragmentation politique de l’islam. L’Europe commence alors à monter en puissance.
  • À partir du 16e siècle, trois grands empires musulmans se forment, mais ce n’est plus l’islam arabe qui domine : les Turcs ottomans, qui ont conquis Constantinople en 1453 ; les Perses de la dynastie séfévide ; les Moghols en Inde.
  • Ces entités déclinent à leur tour tandis que l’Europe affirme son dynamisme et son impérialisme, colonisant une grande partie du monde musulman. Il en résulte un profond ressentiment dès le 19e siècle.

4. Niedergang, neue Reiche und europäischer Imperialismus

  • Der Niedergang setzt im 12. und 13. Jahrhundert ein: Die Christen erobern Spanien nach und nach zurück, die Mongolen verwüsten Bagdad, und zahlreiche Gegenden gehorchen den Kalifen nicht mehr, was eine politische Zersplitterung des Islams bewirkt. Europa beginnt damals an Macht zu gewinnen.
  • Ab dem 16. Jahrhundert bilden sich drei große muslimische Reiche, doch es ist nicht mehr der arabische Islam, der vorherrscht: die osmanischen Türken, die 1453 Konstantinopel erobert haben; die Perser der safawidischen Dynastie; die Moguln in Indien.
  • Diese Gebilde gehen ihrerseits nieder, während Europa seine Tatkraft und seinen Imperialismus entfaltet und einen großen Teil der muslimischen Welt kolonisiert. Daraus erwächst seit dem 19. Jahrhundert ein tiefes Ressentiment.

5. Deux réponses opposées au déclin

  • Au 19e puis au 20e siècle, des mouvements se développent pour lutter contre le déclin du monde musulman, dans deux directions radicalement opposées.
  • La première veut emprunter à l’Europe ses secrets en créant des États modernes. Le modèle en est Gamal Abdel Nasser, général égyptien ayant pris le pouvoir en 1952 et imité par de nombreux dirigeants. Il s’agit de moderniser les sociétés musulmanes sans emprunter à l’Europe la démocratie et les droits de l’homme, c’est-à-dire, note le cours, sans les contrepoids à l’autorité potentiellement tyrannique de l’État.
  • Ces régimes de type nassérien, corrompus et despotiques, entrent en crise à partir des années 1970.

5. Zwei entgegengesetzte Antworten auf den Niedergang

  • Im 19. und dann im 20. Jahrhundert entwickeln sich Bewegungen, die den Niedergang der muslimischen Welt bekämpfen wollen, in zwei grundlegend entgegengesetzten Richtungen.
  • Die erste will Europa seine Geheimnisse abschauen, indem sie moderne Staaten schafft. Ihr Vorbild ist Gamal Abdel Nasser, ein ägyptischer General, der 1952 die Macht ergriff und von zahlreichen Machthabern nachgeahmt wurde. Es geht darum, die muslimischen Gesellschaften zu modernisieren, ohne von Europa Demokratie und Menschenrechte zu übernehmen, das heißt, wie die Lektion anmerkt, ohne die Gegengewichte zur möglicherweise tyrannischen Autorität des Staates.
  • Diese Regime nasseristischen Typs, korrupt und despotisch, geraten ab den 1970er Jahren in die Krise.

6. La saisie de l’occasion par les islamistes

  • C’est à ce moment que les islamistes saisissent leur chance, avec un diagnostic inverse : si tout allait mal, c’était parce qu’on avait abandonné l’islam pur, l’islam des origines.
  • Il ne fallait donc pas imiter le monde européen « mécréant », mais réaffirmer la suprématie de la charia. Cette ré-islamisation devient une lame de fond dans les communautés musulmanes, y compris dans les minorités musulmanes d’Europe.
  • Une frange se radicalise et rejoint les rangs des combattants djihadistes et du terrorisme, d’abord sous l’égide de Ben Laden, puis de Daech.

L’intérêt de ce parcours historique pour un cours de pensée critique tient à sa méthode plus qu’à son objet. Il s’agit d’analyser avec le plus de rigueur possible des processus qui constituent la négation même de la pensée critique. Comprendre la généalogie d’un mouvement n’est pas l’approuver : la démarche consiste à substituer une explication historique articulée (conquête, apogée, déclin, colonisation, ressentiment, échec des modernisations autoritaires) aux explications globalisantes qui confondraient islam, islamisme et djihadisme.

La distinction posée d’entrée est elle-même un exercice critique : elle empêche de faire glisser un raisonnement d’un terme à l’autre, ce qui reviendrait à imputer à un milliard et demi de personnes ce qui relève d’un courant politique, voire d’une frange violente de ce courant. Cette clarification conceptuelle ouvre la question qui suit : le retour offensif du religieux doit-il être affronté par des accommodements, ou ceux-ci constituent-ils une mauvaise solution au problème posé ?

6. Die Islamisten ergreifen die Gelegenheit

  • In diesem Augenblick ergreifen die Islamisten ihre Chance, mit einer umgekehrten Diagnose: Wenn alles schlecht lief, dann deshalb, weil man den reinen Islam, den Islam der Ursprünge, aufgegeben hatte.
  • Man dürfe also die „ungläubige" europäische Welt nicht nachahmen, sondern müsse die Vorherrschaft der Scharia erneut bekräftigen. Diese Re-Islamisierung wird zu einer Grundströmung in den muslimischen Gemeinschaften, auch in den muslimischen Minderheiten Europas.
  • Ein Teil radikalisiert sich und schließt sich den Reihen der dschihadistischen Kämpfer und dem Terrorismus an, zunächst unter der Ägide Bin Ladens, dann des Islamischen Staates.

Das Interesse dieses geschichtlichen Durchgangs für einen Kurs des kritischen Denkens liegt eher in seiner Methode als in seinem Gegenstand. Es geht darum, mit größtmöglicher Strenge Vorgänge zu analysieren, die die Verneinung des kritischen Denkens selbst darstellen. Die Genealogie einer Bewegung zu verstehen heißt nicht, sie zu billigen: Das Vorgehen besteht darin, an die Stelle pauschaler Erklärungen, die Islam, Islamismus und Dschihadismus vermengen würden, eine gegliederte historische Erklärung zu setzen (Eroberung, Blüte, Niedergang, Kolonisation, Ressentiment, Scheitern der autoritären Modernisierungen).

Die eingangs gesetzte Unterscheidung ist selbst eine kritische Übung: Sie verhindert, dass eine Überlegung von einem Begriff zum anderen abgleitet, was darauf hinausliefe, anderthalb Milliarden Menschen anzulasten, was einer politischen Strömung oder gar einem gewalttätigen Teil dieser Strömung zuzurechnen ist. Diese begriffliche Klärung eröffnet die anschließende Frage: Muss der offensiven Rückkehr des Religiösen mit Anpassungsmaßnahmen begegnet werden, oder sind diese eine schlechte Lösung für das gestellte Problem?