Pensée critique - Les réactions des fondamentalistes : L'intelligent Design
1. Le point de départ : l’arrêt Edwards v. Aguillard (1987)
- En 1987, la Cour suprême des États-Unis décide qu’on ne peut pas enseigner dans une même classe de sciences le darwinisme et la « science de la création ».
- Son argument n’est pas que la thèse créationniste serait fausse, mais qu’elle n’est pas une science : les créationnistes avaient certes baptisé leur doctrine « science », mais il s’agissait de religion déguisée.
- Conséquence : impossible d’exiger que l’on donne le même poids à la biologie scientifique et à la science de la création.
1. Der Ausgangspunkt: das Urteil Edwards v. Aguillard (1987)
- 1987 entscheidet der Oberste Gerichtshof der Vereinigten Staaten, dass man in ein und demselben naturwissenschaftlichen Unterricht nicht den Darwinismus und die „Schöpfungswissenschaft" lehren darf.
- Sein Argument lautet nicht, die kreationistische These sei falsch, sondern sie sei keine Wissenschaft: Die Kreationisten hatten ihre Lehre zwar „Wissenschaft" getauft, doch es handelte sich um verkleidete Religion.
- Folge: Es lässt sich nicht verlangen, dass man der wissenschaftlichen Biologie und der Schöpfungswissenschaft dasselbe Gewicht gibt.
2. La riposte : l’invention du « dessein intelligent »
- Les créationnistes en tirent une leçon stratégique : il leur faut une théorie beaucoup plus sophistiquée, non plus un simple habillage scientifique posé sur le mot « création ».
- Naît alors la doctrine de l’intelligent design (dessein intelligent). Le mot design renvoie au projet d’un ingénieur ou d’un architecte : un projet intelligent suppose une intelligence qui le conçoit et réalise un objet conforme à l’idée.
- Ses partisans se présentent comme des scientifiques proposant une théorie qui rendrait mieux compte de la complexité du vivant que le darwinisme.
2. Die Erwiderung: die Erfindung des „intelligenten Designs"
- Die Kreationisten ziehen daraus eine strategische Lehre: Sie brauchen eine weit ausgefeiltere Theorie, nicht mehr bloß ein wissenschaftliches Gewand über dem Wort „Schöpfung".
- So entsteht die Lehre vom intelligent design (intelligenter Entwurf). Das Wort design verweist auf den Entwurf eines Ingenieurs oder eines Architekten: Ein intelligenter Entwurf setzt eine Intelligenz voraus, die ihn ersinnt und einen der Idee entsprechenden Gegenstand verwirklicht.
- Seine Anhänger treten als Wissenschaftler auf, die eine Theorie vorlegen, welche die Komplexität des Lebendigen besser erklären soll als der Darwinismus.
3. L’argument de la complexité et l’analogie de la montre
- L’argument central est celui de la complexité : la vision et l’œil, le processus immunitaire, la coagulation sont des processus vitaux si compliqués qu’ils ne pourraient pas, dit-on, avoir été produits par l’évolution.
- Il repose sur un très vieil argument : si l’on trouve une montre dont les rouages sont si bien agencés, on conclut que quelqu’un les a assemblés, que cela ne s’est pas fait par hasard.
- A fortiori, disent-ils, pour l’être humain ou pour ses organes : il faudrait nécessairement quelqu’un pour agencer le tout, un designer, un fabricant, un ingénieur, un architecte.
3. Das Komplexitätsargument und die Analogie mit der Uhr
- Das zentrale Argument ist das der Komplexität: Das Sehen und das Auge, der Immunprozess, die Blutgerinnung seien Lebensvorgänge von solcher Verwickeltheit, dass sie, so heißt es, nicht durch Evolution hervorgebracht worden sein könnten.
- Es beruht auf einem sehr alten Argument: Findet man eine Uhr, deren Räderwerk so gut ineinandergreift, schließt man daraus, dass jemand es zusammengefügt hat und dass es nicht durch Zufall entstanden ist.
- Erst recht, so sagen sie, gelte das für den Menschen oder für seine Organe: Es brauche notwendig jemanden, der das Ganze fügt, einen Designer, einen Hersteller, einen Ingenieur, einen Architekten.
4. Un discours sans Bible, mais financé et orienté
- Le vocabulaire change du tout au tout : plus un mot de la Bible, plus de « création », plus de « Dieu créa ». Le discours se veut celui de savants qui cherchent, comme tout le monde, à comprendre les phénomènes biologiques.
- Le designer n’est pas explicitement identifié au Dieu des chrétiens : certains ont même évoqué un extraterrestre. Mais les promoteurs savent que l’introduction de cette idée dans un cours de biologie installe un créateur sous un autre nom et affaiblit l’enseignement de la théorie de l’évolution.
- Ils ne sont pas isolés : le Discovery Institute, basé à Seattle, les rémunère avec des sommes considérables, fait de la propagande et crée des institutions. Dans un pays de liberté d’expression, cela n’a rien d’illégal ; le problème commence quand ils veulent entrer dans les écoles, leur préoccupation constante étant d’empêcher que des générations d’enfants ne soient « corrompues » par des doctrines jugées impies.
4. Eine Rede ohne Bibel, aber finanziert und ausgerichtet
- Das Vokabular ändert sich von Grund auf: kein Wort mehr aus der Bibel, keine „Schöpfung" mehr, kein „Gott schuf" mehr. Die Rede versteht sich als die von Gelehrten, die wie alle anderen die biologischen Erscheinungen zu verstehen suchen.
- Der Designer wird nicht ausdrücklich mit dem Gott der Christen gleichgesetzt: Manche haben sogar von einem Außerirdischen gesprochen. Doch die Betreiber wissen, dass die Einführung dieses Gedankens in einen Biologieunterricht einen Schöpfer unter anderem Namen einsetzt und den Unterricht der Evolutionstheorie schwächt.
- Sie stehen nicht allein: Das Discovery Institute mit Sitz in Seattle entlohnt sie mit beträchtlichen Summen, betreibt Propaganda und gründet Einrichtungen. In einem Land der Meinungsfreiheit ist daran nichts gesetzwidrig; das Problem beginnt, wenn sie in die Schulen gelangen wollen, da ihr ständiges Anliegen ist zu verhindern, dass Generationen von Kindern durch für gottlos gehaltene Lehren „verdorben" werden.
5. De l’attaque frontale à « l’enseignement de la controverse »
- Première étape, l’attaque frontale : dans les années 1920, les monkey laws interdisent purement et simplement d’enseigner le darwinisme, ou toute doctrine contraire à la lecture littérale de la Genèse. Au moins, la position est claire : une vérité dogmatique venue d’en haut, contenue dans les textes sacrés, contre ce que disent de simples êtres humains, les scientifiques.
- En 1968, la Cour suprême annule ces lois : elles constituent un établissement de la religion, interdit par le premier amendement.
- Deuxième étape, plus douce : puisqu’on ne peut plus interdire le darwinisme, on demande d’enseigner les deux thèses, au nom de l’idée qu’il serait normal d’enseigner les controverses. Le vocabulaire n’a plus rien de religieux.
- L’objection est décisive : enseigner de véritables controverses scientifiques peut se concevoir (celle d’Einstein et de la relativité face au savant danois Bohr et à la mécanique quantique, même si sa transposition dans le secondaire est discutable) ; encore faut-il que la controverse existe chez les scientifiques des universités, et non qu’elle soit fabriquée par les défenseurs du dessein intelligent.
- Troisième étape, plus douce encore : on ne demande même plus d’enseigner le dessein intelligent, mais seulement d’informer les élèves de son existence au début des cours de sciences.
5. Vom Frontalangriff zum „Unterricht der Kontroverse"
- Erste Stufe, der Frontalangriff: In den 1920er Jahren verbieten die monkey laws schlicht und einfach, den Darwinismus oder jede der wörtlichen Lektüre der Genesis widersprechende Lehre zu unterrichten. Wenigstens ist die Position klar: eine von oben kommende dogmatische Wahrheit, in den heiligen Texten enthalten, gegen das, was bloße Menschen sagen, die Wissenschaftler.
- 1968 hebt der Oberste Gerichtshof diese Gesetze auf: Sie stellen eine Einrichtung der Religion dar, die der Erste Zusatzartikel verbietet.
- Zweite Stufe, sanfter: Da man den Darwinismus nicht mehr verbieten kann, verlangt man, beide Thesen zu unterrichten, im Namen des Gedankens, es sei normal, Kontroversen zu unterrichten. Das Vokabular hat nichts Religiöses mehr.
- Der Einwand ist entscheidend: Wirkliche wissenschaftliche Kontroversen zu unterrichten ist denkbar (etwa die zwischen Einstein und der Relativitätstheorie und dem dänischen Gelehrten Bohr und der Quantenmechanik, auch wenn ihre Übertragung in die Sekundarstufe fragwürdig ist); nur muss die Kontroverse bei den Wissenschaftlern der Universitäten auch bestehen und nicht von den Verfechtern des intelligenten Designs hergestellt sein.
- Dritte Stufe, noch sanfter: Man verlangt nicht einmal mehr, das intelligente Design zu unterrichten, sondern nur noch, die Schülerinnen und Schüler zu Beginn des naturwissenschaftlichen Unterrichts über seine Existenz zu informieren.
6. La stratégie du loup dans la bergerie
- L’image proposée résume l’évolution : le loup qui veut entrer dans la bergerie n’y parviendra pas en se montrant tel qu’il est ; déguisé en mouton, on lui ouvre la porte, et les dégâts se font de l’intérieur.
- Au départ, une opposition totale à la science au nom d’un dogme religieux ; à l’arrivée, des gens qui réclament l’enseignement de la controverse et des théories concurrentes, dans un vocabulaire scientifiquement très acceptable.
- Toute la question devient donc : s’agit-il d’une vraie controverse ou d’une controverse fabriquée pour la circonstance ? C’est l’affaire Kitzmiller qui apportera la réponse. Comme il est d’usage aux États-Unis, l’affaire porte le nom de l’un des premiers plaignants, en l’occurrence une plaignante.
Ce qui est en jeu ici n’est pas un désaccord de contenu mais un déplacement de stratégie rhétorique. Interdire une théorie se repère et se sanctionne facilement ; emprunter le langage de l’adversaire, celui de l’ouverture d’esprit, du pluralisme et du débat scientifique, rend l’opération beaucoup plus difficile à identifier, et pour un juge beaucoup plus difficile à trancher.
Pour la pensée critique, la leçon est double. D’une part, un argument doit être évalué sur sa substance et non sur son vocabulaire : le mot « science » ne fait pas la science, et « enseigner la controverse » n’est légitime que s’il existe une controverse réelle entre spécialistes. D’autre part, la vigilance doit porter sur les procédés d’apparence raisonnable : c’est précisément lorsqu’une doctrine se met à parler le langage de la rationalité qu’il faut examiner qui la finance, ce qu’elle prétend démontrer, et ce qu’elle cherche en réalité à affaiblir.
6. Die Strategie des Wolfs im Schafstall
- Das vorgeschlagene Bild fasst die Entwicklung zusammen: Der Wolf, der in den Schafstall gelangen will, wird es nicht schaffen, wenn er sich zeigt, wie er ist; als Schaf verkleidet öffnet man ihm die Tür, und der Schaden geschieht von innen.
- Am Anfang eine völlige Gegnerschaft zur Wissenschaft im Namen eines religiösen Dogmas; am Ende Leute, die den Unterricht der Kontroverse und konkurrierender Theorien fordern, in einem wissenschaftlich sehr annehmbaren Vokabular.
- Die ganze Frage lautet daher: Handelt es sich um eine echte Kontroverse oder um eine eigens hergestellte? Der Fall Kitzmiller wird die Antwort bringen. Wie in den Vereinigten Staaten üblich, trägt der Fall den Namen einer der ersten klagenden Personen, hier einer Klägerin.
Was hier auf dem Spiel steht, ist keine inhaltliche Meinungsverschiedenheit, sondern eine Verschiebung der rhetorischen Strategie. Eine Theorie zu verbieten lässt sich leicht erkennen und ahnden; die Sprache des Gegners zu entlehnen, die der Aufgeschlossenheit, des Pluralismus und der wissenschaftlichen Debatte, macht das Unternehmen weit schwerer erkennbar und für einen Richter weit schwerer zu entscheiden.
Für das kritische Denken ist die Lehre eine doppelte. Zum einen muss ein Argument nach seiner Substanz beurteilt werden und nicht nach seinem Vokabular: Das Wort „Wissenschaft" macht keine Wissenschaft, und „die Kontroverse unterrichten" ist nur berechtigt, wenn unter Fachleuten eine wirkliche Kontroverse besteht. Zum anderen muss sich die Wachsamkeit auf die vernünftig scheinenden Verfahren richten: Gerade wenn eine Lehre die Sprache der Rationalität zu sprechen beginnt, muss man prüfen, wer sie finanziert, was sie zu beweisen vorgibt und was sie in Wirklichkeit zu schwächen sucht.