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L'invocation de Dieu par les pouvoirs publics

 

1. Une visibilité religieuse qui déroute le regard européen

  • Dans les conceptions européennes de la laïcité, et quelles que soient les différences entre pays, on n’a pas l’habitude que les pouvoirs publics invoquent Dieu ou la religion de façon officielle. Les responsables politiques peuvent être croyants, mais ils ne le manifestent pas ès qualités.
  • Aux États-Unis, trois pratiques frappent immédiatement l’observateur européen : le président prête serment sur la Bible au moment d’entrer en fonction ; les élèves des écoles publiques prêtent un serment d’allégeance à une nation « under God », c’est-à-dire soumise à Dieu ; les billets de banque portent la mention « In God We Trust ».
  • De là l’impression que les États-Unis séparent mal le domaine religieux du domaine public, qui est censé être celui de tous.
  • La thèse du cours est qu’il s’agit largement d’une illusion de perspective : les choses sont plus complexes, et il faut distinguer ce qui est symbolique de ce qui est matériel.

1. Eine religiöse Sichtbarkeit, die den europäischen Blick irritiert

  • In den europäischen Vorstellungen von Laizität, und ungeachtet aller Unterschiede zwischen den Ländern, ist man es nicht gewohnt, dass die öffentliche Gewalt Gott oder die Religion in amtlicher Form anruft. Politisch Verantwortliche mögen gläubig sein, aber sie zeigen es nicht in ihrer amtlichen Eigenschaft.
  • In den Vereinigten Staaten fallen dem europäischen Beobachter sofort drei Bräuche auf: Der Präsident leistet beim Amtsantritt den Eid auf die Bibel; die Schülerinnen und Schüler der öffentlichen Schulen leisten einen Treueschwur auf eine Nation „under God", also eine Gott unterstehende Nation; die Geldscheine tragen die Aufschrift „In God We Trust".
  • Daher der Eindruck, die Vereinigten Staaten trennten den religiösen Bereich schlecht vom öffentlichen, der doch der Bereich aller sein soll.
  • Die These der Lektion lautet, dass es sich weitgehend um eine perspektivische Täuschung handelt: Die Dinge sind verwickelter, und man muss das Symbolische vom Materiellen unterscheiden.

2. Le serment présidentiel : une tradition, pas une obligation

  • La prestation de serment sur la Bible n’est pas obligatoire : la Constitution ne l’impose pas. Elle prévoit que le président élu prête serment à la Constitution, c’est-à-dire s’engage à respecter l’intérêt général et les règles constitutionnelles, et à ne pas abuser de son pouvoir.
  • Le texte précise que le président « jure ou affirme » sa fidélité : « jurer » a une connotation religieuse, mais l’intéressé peut simplement affirmer, sans référence à la religion.
  • Dans les faits, tous les présidents ont prêté serment sur la Bible : tous protestants, sauf Kennedy, catholique, qui l’a fait également. Certains par conviction, d’autres parce que refuser ostensiblement la référence à Dieu, dans un pays bien plus religieux que les pays européens, leur coûterait en popularité.
  • La Constitution de 1787 comporte en outre une disposition explicite : aucun test religieux ne peut être imposé pour les emplois publics. On ne peut demander à un candidat quelle est sa religion, ni même s’il en a une.
  • Le point fut discuté : certains auraient voulu exiger une religion, quelle qu’elle soit. Jefferson, l’un des pères fondateurs, absent de la convention de Philadelphie parce qu’il était alors ambassadeur en France, écrivait qu’il ne se souciait pas de savoir si un titulaire de fonction publique croyait en un dieu, en zéro dieu ou en dix dieux : ce qui l’intéressait, c’étaient ses vertus publiques, son honnêteté, sa compétence, sa bonne gestion du pays.

2. Der Amtseid des Präsidenten: eine Tradition, keine Pflicht

  • Die Eidesleistung auf die Bibel ist nicht vorgeschrieben: Die Verfassung verlangt sie nicht. Sie sieht vor, dass der gewählte Präsident einen Eid auf die Verfassung leistet, sich also verpflichtet, das Gemeinwohl und die Verfassungsregeln zu achten und seine Macht nicht zu missbrauchen.
  • Der Text hält fest, dass der Präsident seine Treue „schwört oder versichert": „Schwören" hat einen religiösen Beiklang, doch der Betreffende kann schlicht versichern, ohne Bezug auf die Religion.
  • Tatsächlich haben alle Präsidenten den Eid auf die Bibel geleistet: alle Protestanten, außer Kennedy, einem Katholiken, der es ebenfalls tat. Manche aus Überzeugung, andere, weil es sie in einem weit religiöseren Land als die europäischen an Beliebtheit kosten würde, den Bezug auf Gott demonstrativ zu verweigern.
  • Die Verfassung von 1787 enthält zudem eine ausdrückliche Bestimmung: Für öffentliche Ämter darf kein religiöser Test verlangt werden. Man darf einen Bewerber nicht nach seiner Religion fragen, nicht einmal danach, ob er überhaupt eine hat.
  • Der Punkt war umstritten: Manche hätten irgendeine Religion verlangen wollen. Jefferson, einer der Gründerväter, der beim Konvent von Philadelphia fehlte, weil er damals Gesandter in Frankreich war, schrieb, es kümmere ihn nicht, ob ein Inhaber eines öffentlichen Amtes an einen Gott, an null Götter oder an zehn Götter glaube: Was ihn interessiere, seien dessen öffentliche Tugenden, seine Redlichkeit, seine Fähigkeit, seine gute Verwaltung des Landes.

3. « In God We Trust » : un ajout politique des années 1950

  • La mention sur les billets de banque est relativement récente : elle a été introduite par le président Eisenhower dans les années 1950 (elle figurait déjà depuis un certain temps sur les pièces de monnaie).
  • Le contexte est celui de l’opposition à l’Union soviétique : Eisenhower voulait accentuer symboliquement le caractère religieux de la nation américaine face à l’athéisme soviétique.
  • La portée est purement symbolique : que l’on croie ou non en Dieu, le dollar a exactement la même valeur. De même, la Bible sous la main du président ne change rien à la façon dont il gouvernera.
  • Mais le symbole n’est pas rien : il peut choquer ceux qui n’admettent pas que l’État, ou des billets censés représenter tout le monde, se réfèrent à une conception du monde qu’ils ne partagent pas.

3. „In God We Trust": eine politische Hinzufügung der 1950er Jahre

  • Die Aufschrift auf den Geldscheinen ist verhältnismäßig jung: Sie wurde von Präsident Eisenhower in den 1950er Jahren eingeführt (auf den Münzen stand sie bereits seit einiger Zeit).
  • Der Zusammenhang ist der Gegensatz zur Sowjetunion: Eisenhower wollte den religiösen Charakter der amerikanischen Nation gegenüber dem sowjetischen Atheismus symbolisch hervorheben.
  • Die Tragweite ist rein symbolisch: Ob man an Gott glaubt oder nicht, der Dollar hat genau denselben Wert. Ebenso ändert die Bibel unter der Hand des Präsidenten nichts daran, wie er regieren wird.
  • Doch das Symbol ist nicht nichts: Es kann jene befremden, die nicht hinnehmen, dass der Staat oder Geldscheine, die alle vertreten sollen, sich auf eine Weltanschauung beziehen, die sie nicht teilen.

4. Le serment d’allégeance et les témoins de Jéhovah

  • Jusqu’aux années 1950, le serment d’allégeance prêté à l’école était entièrement laïque : on jurait de défendre le pays, de défendre la justice, d’être un bon citoyen.
  • Dès 1940, un conflit éclate : des témoins de Jéhovah refusent que leurs enfants prêtent ce serment, leur conception leur interdisant de jurer allégeance à une autorité humaine, fût-ce celle de la Constitution. Il ne s’agit pas ici de justifier ni de critiquer cette doctrine, mais de constater le conflit.
  • Les parents invoquent la liberté religieuse garantie par le premier amendement. La Cour suprême, gardienne de la Constitution, leur donne tort : la Constitution est ce qui permet de vivre ensemble et à la diversité des individus de se manifester ; refuser de lui prêter serment, ce n’est pas refuser un nationalisme agressif, c’est refuser les règles du jeu minimales.
  • Conséquence : les enfants sont exclus des écoles, et les témoins de Jéhovah subissent violences et persécutions.
  • En 1943, trois ans plus tard, l’Amérique est en guerre contre l’Allemagne et le Japon : le sentiment patriotique est bien plus émotionnel, et le refus de prêter serment bien plus sensible qu’en temps de paix. Une nouvelle plainte remonte à la Cour suprême, qui cette fois donne raison aux témoins de Jéhovah.
  • Les raisons du revirement : la Cour a vu les persécutions subies, elle est devenue sensible aux droits des minorités, et le nazisme montrait en Europe jusqu’où l’on pouvait bafouer ces droits.

4. Der Treueschwur und die Zeugen Jehovas

  • Bis in die 1950er Jahre war der in der Schule geleistete Treueschwur vollständig weltlich: Man schwor, das Land zu verteidigen, die Gerechtigkeit zu verteidigen, ein guter Bürger zu sein.
  • Schon 1940 bricht ein Konflikt aus: Zeugen Jehovas lehnen es ab, dass ihre Kinder diesen Schwur leisten, da ihre Auffassung es ihnen verbietet, einer menschlichen Autorität Treue zu schwören, und sei es der der Verfassung. Es geht hier nicht darum, diese Lehre zu rechtfertigen oder zu kritisieren, sondern den Konflikt festzustellen.
  • Die Eltern berufen sich auf die vom Ersten Zusatzartikel gewährleistete Religionsfreiheit. Der Oberste Gerichtshof als Hüter der Verfassung gibt ihnen unrecht: Die Verfassung ist das, was das Zusammenleben und die Entfaltung der Vielfalt der Einzelnen ermöglicht; ihr den Eid zu verweigern heißt nicht, einen aggressiven Nationalismus abzulehnen, sondern die minimalen Spielregeln zurückzuweisen.
  • Die Folge: Die Kinder werden von den Schulen ausgeschlossen, und die Zeugen Jehovas erleiden Gewalt und Verfolgung.
  • 1943, drei Jahre später, befindet sich Amerika im Krieg gegen Deutschland und Japan: Das patriotische Empfinden ist weit stärker aufgeladen und die Verweigerung des Eides weit heikler als in Friedenszeiten. Eine neue Klage gelangt an den Obersten Gerichtshof, der den Zeugen Jehovas diesmal recht gibt.
  • Die Gründe der Kehrtwende: Das Gericht hatte die erlittenen Verfolgungen gesehen, es war für die Rechte der Minderheiten empfänglich geworden, und der Nationalsozialismus zeigte in Europa, wie weit man diese Rechte mit Füßen treten konnte.

5. « Under God » : le symbole qui déplace le problème

  • Depuis 1943, le serment n’est plus obligatoire. Il reste toutefois stigmatisant : l’élève qui quitte la classe pour ne pas le prêter refuse publiquement de manifester son patriotisme, et les autres enfants le tiendront facilement pour un traître, surtout en temps de guerre.
  • Dans les années 1950, Eisenhower ajoute au serment l’expression « one nation under God », une nation soumise à Dieu. L’expression n’existait pas auparavant.
  • Cet ajout ne change rien pour les témoins de Jéhovah, qui refusaient déjà de prêter serment. Mais il crée un problème neuf pour les athées et les agnostiques, qui acceptaient jusque-là que leurs enfants prêtent un serment purement civique.
  • Ils tentent de faire dire à la Cour suprême que « under God » constitue un établissement de la religion : l’école publique leur imposerait de vénérer Dieu. La Cour répond que la formule est purement symbolique, qu’elle ne donne d’avantage à personne, et qu’elle est à ce titre conforme à la Constitution.
  • Athées et agnostiques peuvent donc toujours sortir de la classe, mais cette sortie garde le caractère stigmatisant décrit plus haut.

5. „Under God": das Symbol, das das Problem verschiebt

  • Seit 1943 ist der Schwur nicht mehr verpflichtend. Er bleibt gleichwohl stigmatisierend: Wer die Klasse verlässt, um ihn nicht zu leisten, verweigert öffentlich das Bekenntnis zu seinem Patriotismus, und die anderen Kinder werden ihn leicht für einen Verräter halten, zumal in Kriegszeiten.
  • In den 1950er Jahren fügt Eisenhower dem Schwur die Wendung „one nation under God" hinzu, eine Gott unterstehende Nation. Die Wendung gab es vorher nicht.
  • Diese Hinzufügung ändert nichts für die Zeugen Jehovas, die den Eid ohnehin verweigerten. Sie schafft aber ein neues Problem für die Atheisten und Agnostiker, die bis dahin hinnahmen, dass ihre Kinder einen rein staatsbürgerlichen Schwur leisteten.
  • Sie versuchen, den Obersten Gerichtshof feststellen zu lassen, dass „under God" eine Einrichtung der Religion darstelle: Die öffentliche Schule zwinge sie, Gott zu verehren. Das Gericht antwortet, die Formel sei rein symbolisch, sie verschaffe niemandem einen Vorteil und sei insofern mit der Verfassung vereinbar.
  • Atheisten und Agnostiker können also weiterhin die Klasse verlassen, doch dieses Hinausgehen behält den oben beschriebenen stigmatisierenden Charakter.

6. Ce qui est réellement séparé : l’argent et l’école

  • Là où les enjeux sont matériels et non symboliques, la séparation américaine est nette, et sans doute plus forte que dans beaucoup de pays européens.
  • On peut pratiquer n’importe quelle religion, mais l’État ne subventionne pas les cultes : les cultes se financent eux-mêmes, et les ministres du culte ne sont pas payés par l’État.
  • L’État n’organise pas de cours de religion ni de prières à l’école publique. Il l’a fait un temps, et la Cour suprême l’a interdit : l’école est l’école de tout le monde, et organiser une prière constituerait un établissement de la religion.
  • Reste une question distincte, celle du blasphème : peut-on insulter Dieu, l’État doit-il intervenir, et comment le problème est-il traité aux États-Unis par rapport à l’Europe ? Elle sera abordée plus loin, car elle relève des limites de la liberté d’expression.

Le raisonnement du cours consiste à séparer deux registres que le regard extérieur confond. Ce qui est visible aux États-Unis, la main sur la Bible, la formule sur les billets, le mot ajouté au serment scolaire, appartient au registre du symbole ; c’est aussi ce qui est le plus récent, souvent le fruit d’une décision politique datable, comme celles d’Eisenhower dans le contexte de la guerre froide. Ce qui est invisible, le financement des cultes et le contenu de l’enseignement public, relève d’une séparation stricte et juridiquement défendue.

L’exercice de pensée critique tient dans ce déplacement : juger un régime de laïcité sur ses signes les plus voyants conduit à un diagnostic erroné. Mais la conclusion n’est pas que le symbole serait négligeable. L’affaire des témoins de Jéhovah montre qu’un acte qui « ne mange pas de pain » peut coûter l’exclusion de l’école, et que la liberté formelle de se taire ou de sortir de la classe reste, pour une minorité, une liberté stigmatisante. Elle montre aussi qu’une jurisprudence peut se renverser en trois ans, non parce que le texte constitutionnel a changé, mais parce que le regard porté sur le sort des minorités s’est modifié sous l’effet de l’expérience historique.

6. Was wirklich getrennt ist: das Geld und die Schule

  • Dort, wo es um materielle und nicht um symbolische Dinge geht, ist die amerikanische Trennung deutlich und wohl strenger als in vielen europäischen Ländern.
  • Man kann jede beliebige Religion ausüben, aber der Staat subventioniert die Kulte nicht: Die Kulte finanzieren sich selbst, und die Kultusdiener werden nicht vom Staat bezahlt.
  • Der Staat veranstaltet an der öffentlichen Schule weder Religionsunterricht noch Gebete. Er hat es eine Zeit lang getan, und der Oberste Gerichtshof hat es untersagt: Die Schule ist die Schule aller, und ein Gebet zu veranstalten würde eine Einrichtung der Religion darstellen.
  • Es bleibt eine gesonderte Frage, die der Gotteslästerung: Darf man Gott beleidigen, muss der Staat einschreiten, und wie wird das Problem in den Vereinigten Staaten im Vergleich zu Europa behandelt? Sie wird später behandelt, denn sie gehört zu den Grenzen der Meinungsfreiheit.

Die Überlegung der Lektion besteht darin, zwei Ebenen zu trennen, die der Blick von außen verwechselt. Was in den Vereinigten Staaten sichtbar ist, die Hand auf der Bibel, die Formel auf den Geldscheinen, das dem Schulschwur hinzugefügte Wort, gehört zur Ebene des Symbols; es ist auch das Jüngste, oft die Frucht einer datierbaren politischen Entscheidung wie derjenigen Eisenhowers im Zusammenhang des Kalten Krieges. Was unsichtbar ist, die Finanzierung der Kulte und der Inhalt des öffentlichen Unterrichts, unterliegt einer strengen und juristisch verteidigten Trennung.

Die Übung im kritischen Denken liegt in dieser Verschiebung: Eine laizistische Ordnung nach ihren auffälligsten Zeichen zu beurteilen führt zu einer falschen Diagnose. Der Schluss lautet aber nicht, das Symbol sei zu vernachlässigen. Der Fall der Zeugen Jehovas zeigt, dass eine Handlung, die scheinbar niemandem wehtut, den Ausschluss von der Schule kosten kann, und dass die förmliche Freiheit zu schweigen oder die Klasse zu verlassen für eine Minderheit eine stigmatisierende Freiheit bleibt. Er zeigt auch, dass eine Rechtsprechung sich in drei Jahren umkehren kann, nicht weil der Verfassungstext sich geändert hätte, sondern weil der Blick auf das Schicksal der Minderheiten sich unter dem Eindruck der geschichtlichen Erfahrung gewandelt hat.