Pensée critique - La Cour suprême défend la biologie scientifique
1. Des programmes neufs face à des lois anciennes
- La réaction au Spoutnik de 1957 avait été l’élaboration de nouveaux programmes scolaires en sciences.
- Ces programmes se trouvaient manifestement en contradiction avec les lois existantes, celles qui interdisaient l’enseignement du darwinisme dans plusieurs États.
- Le conflit devient donc inévitable : on demande aux enseignants d’enseigner une biologie que la loi de leur État leur interdit d’enseigner.
1. Neue Lehrpläne gegenüber alten Gesetzen
- Die Reaktion auf den Sputnik von 1957 war die Ausarbeitung neuer schulischer Lehrpläne in den Naturwissenschaften.
- Diese Lehrpläne standen offenkundig im Widerspruch zu den bestehenden Gesetzen, jenen, die den Unterricht des Darwinismus in mehreren Staaten verboten.
- Der Konflikt wird damit unvermeidlich: Man verlangt von den Lehrkräften, eine Biologie zu unterrichten, die das Gesetz ihres Staates ihnen zu unterrichten verbietet.
2. 1968 : la Cour suprême invalide les lois anti-darwiniennes
- En 1968, une enseignante d’Arkansas, État du Sud où une telle loi était en vigueur, décide d’enseigner la vraie biologie, la biologie au sens scientifique du terme, parce qu’elle juge cela important pour ses élèves.
- Elle est évidemment condamnée, puisqu’une loi l’interdit, et l’affaire remonte jusqu’à la Cour suprême des États-Unis, qui lui donne raison : c’est l’arrêt Epperson v. Arkansas.
- Le raisonnement de la Cour est le suivant : empêcher que les élèves de l’école publique reçoivent les résultats des sciences au nom d’un livre sacré, fût-il lu par beaucoup de gens, constitue un établissement de la religion, contraire à la Constitution.
- Toutes ces lois sont donc invalidées : les Monkey Laws n’existent plus, et l’on ne peut plus interdire le darwinisme.
2. 1968: Der Oberste Gerichtshof hebt die antidarwinistischen Gesetze auf
- 1968 beschließt eine Lehrerin aus Arkansas, einem Südstaat, in dem ein solches Gesetz galt, die wirkliche Biologie zu unterrichten, die Biologie im wissenschaftlichen Sinne des Wortes, weil sie das für ihre Schülerinnen und Schüler für wichtig hält.
- Sie wird selbstverständlich verurteilt, da ein Gesetz es verbietet, und die Sache gelangt bis zum Obersten Gerichtshof der Vereinigten Staaten, der ihr recht gibt: Es ist das Urteil Epperson v. Arkansas.
- Die Überlegung des Gerichts lautet so: Zu verhindern, dass die Schülerinnen und Schüler der öffentlichen Schule die Ergebnisse der Wissenschaften im Namen eines heiligen Buches erhalten, und sei es von vielen Menschen gelesen, stellt eine Einrichtung der Religion dar, die der Verfassung widerspricht.
- Alle diese Gesetze werden daher aufgehoben: Die Monkey Laws bestehen nicht mehr, und man kann den Darwinismus nicht länger verbieten.
3. Entrer par la fenêtre : la stratégie du « libre choix »
- Le cours signale ici un mécanisme très fréquent : quand on vous ferme la porte au nez, vous essayez d’entrer par la fenêtre. Ne pouvant plus interdire, les créationnistes changent de stratégie.
- Ils ne demandent plus l’interdiction mais l’équilibre : puisque la question est controversée, pourquoi ne pas enseigner les deux et laisser les élèves choisir ? Le vocabulaire devient celui, bien plus séduisant, de l’ouverture et du libre choix.
- La manœuvre est rapidement bloquée, sans même qu’il faille aller jusqu’à la Cour suprême : des tribunaux invalident ces dispositifs au motif qu’on ne peut pas mettre sur le même plan un cours de sciences et une doctrine religieuse. La liberté religieuse est garantie, mais pas à l’intérieur d’une classe de sciences.
3. Durch das Fenster eintreten: die Strategie der „freien Wahl"
- Die Lektion weist hier auf einen sehr häufigen Mechanismus hin: Wenn man dir die Tür vor der Nase zuschlägt, versuchst du durch das Fenster einzutreten. Da sie nicht mehr verbieten können, wechseln die Kreationisten die Strategie.
- Sie verlangen nicht mehr das Verbot, sondern das Gleichgewicht: Da die Frage umstritten sei, warum nicht beides unterrichten und die Schülerinnen und Schüler wählen lassen? Das Vokabular wird zu dem weit ansprechenderen der Offenheit und der freien Wahl.
- Der Schachzug wird rasch blockiert, ohne dass man bis zum Obersten Gerichtshof gehen müsste: Gerichte heben diese Regelungen mit der Begründung auf, dass man einen naturwissenschaftlichen Unterricht und eine religiöse Lehre nicht auf dieselbe Ebene stellen kann. Die Religionsfreiheit ist gewährleistet, aber nicht innerhalb eines naturwissenschaftlichen Unterrichts.
4. La « science de la création »
- Les créationnistes ripostent en élaborant, dans les années 1970 et 1980, une théorie qu’ils nomment la « science de la création » (creation science).
- L’intention est transparente : puisque seule la science a sa place dans un cours de sciences, il suffit de revendiquer le statut de science pour y entrer. On oppose ainsi une prétendue science à la science darwinienne.
- Le cours juge cette construction très peu élaborée à l’époque, « brut de décoffrage » : ce n’est pas une science, et le mot de création lui-même trahit une conception religieuse.
4. Die „Schöpfungswissenschaft"
- Die Kreationisten antworten, indem sie in den 1970er und 1980er Jahren eine Theorie ausarbeiten, die sie „Schöpfungswissenschaft" (creation science) nennen.
- Die Absicht ist durchsichtig: Da nur die Wissenschaft in einem naturwissenschaftlichen Unterricht ihren Platz hat, genügt es, den Status einer Wissenschaft zu beanspruchen, um dort hineinzugelangen. So stellt man der darwinschen Wissenschaft eine vorgebliche Wissenschaft entgegen.
- Die Lektion hält dieses Gebilde für damals sehr wenig ausgearbeitet, unbehauen wie roher Beton: Es ist keine Wissenschaft, und das Wort Schöpfung selbst verrät eine religiöse Vorstellung.
5. 1987 : Edwards v. Aguillard et l’argument épistémologique
- En 1987, l’État de Louisiane impose par une loi d’enseigner les deux doctrines : le darwinisme et la science de la création.
- Dans l’arrêt Edwards v. Aguillard, rendu presque vingt ans après l’arrêt de 1968, la Cour suprême juge qu’on ne peut pas mettre sur le même plan la science de la création et le darwinisme, et qu’on ne peut donc pas enseigner la première, même sous couvert d’une attitude plus ouverte qui ne réclame plus l’interdiction mais la coexistence.
- La Cour va jusqu’à faire de l’épistémologie, de la théorie des sciences : les théoriciens de la science de la création ne cherchent dans la réalité que ce qui peut corroborer le texte religieux et se désintéressent de tout le reste. Ce n’est pas ainsi que procède la science.
- En 1987, la partie est donc close : la science de la création, ou pseudo-science de la création, ne peut plus entrer dans les classes de sciences, pas même par la voie tolérante du « enseignons les deux ».
Cette séquence illustre un déplacement caractéristique des stratégies argumentatives. Le premier moment est l’interdiction pure et simple, facilement identifiable comme religieuse et donc invalidée. Le deuxième emprunte le vocabulaire libéral du pluralisme et du libre choix, apparemment irréprochable, mais qui suppose résolue la question de savoir si les deux options relèvent du même ordre de discours. Le troisième pousse la manœuvre plus loin en s’attribuant le nom même de l’adversaire, la science.
C’est pourquoi la réponse de la Cour en 1987 est remarquable : elle ne se contente pas d’un critère institutionnel, elle formule un critère de méthode. Une démarche qui retient dans le réel les seuls éléments confirmant une conclusion fixée d’avance, et qui écarte le reste, n’est pas une science, quel que soit le nom qu’elle se donne. C’est un test que la pensée critique peut appliquer bien au-delà de ce contentieux : ce n’est pas l’étiquette ni le degré d’ouverture affiché qui distingue un discours scientifique, mais sa manière de traiter ce qui pourrait le contredire.
5. 1987: Edwards v. Aguillard und das erkenntnistheoretische Argument
- 1987 schreibt der Staat Louisiana durch ein Gesetz vor, beide Lehren zu unterrichten: den Darwinismus und die Schöpfungswissenschaft.
- Im Urteil Edwards v. Aguillard, fast zwanzig Jahre nach dem Urteil von 1968 ergangen, entscheidet der Oberste Gerichtshof, dass man die Schöpfungswissenschaft und den Darwinismus nicht auf dieselbe Ebene stellen kann und dass man die erstere daher nicht unterrichten darf, auch nicht unter dem Deckmantel einer offeneren Haltung, die nicht mehr das Verbot, sondern das Nebeneinander verlangt.
- Das Gericht geht so weit, Erkenntnistheorie zu betreiben, Wissenschaftstheorie: Die Theoretiker der Schöpfungswissenschaft suchen in der Wirklichkeit nur, was den religiösen Text bestätigen kann, und kümmern sich um alles Übrige nicht. So geht die Wissenschaft nicht vor.
- 1987 ist die Sache also entschieden: Die Schöpfungswissenschaft, oder Pseudowissenschaft der Schöpfung, kann nicht mehr in den naturwissenschaftlichen Unterricht gelangen, auch nicht auf dem duldsamen Weg des „Unterrichten wir beides".
Diese Abfolge veranschaulicht eine bezeichnende Verschiebung der Argumentationsstrategien. Der erste Schritt ist das schlichte Verbot, leicht als religiös erkennbar und daher aufgehoben. Der zweite entlehnt das liberale Vokabular des Pluralismus und der freien Wahl, scheinbar untadelig, setzt aber die Frage als beantwortet voraus, ob beide Optionen derselben Redeordnung angehören. Der dritte treibt den Schachzug weiter, indem er sich den Namen des Gegners selbst zulegt: die Wissenschaft.
Deshalb ist die Antwort des Gerichts von 1987 bemerkenswert: Es begnügt sich nicht mit einem institutionellen Kriterium, es formuliert ein Kriterium der Methode. Ein Vorgehen, das aus der Wirklichkeit allein jene Elemente aufnimmt, die eine im Voraus feststehende Schlussfolgerung bestätigen, und das Übrige beiseiteschiebt, ist keine Wissenschaft, welchen Namen es sich auch geben mag. Das ist ein Test, den das kritische Denken weit über diesen Rechtsstreit hinaus anwenden kann: Nicht das Etikett und nicht der zur Schau gestellte Grad an Offenheit zeichnet eine wissenschaftliche Rede aus, sondern die Art, wie sie mit dem umgeht, was ihr widersprechen könnte.