Pensée critique - Réactions au nom de la pensée critique
1. Le radicalisme religieux n’est pas l’apanage d’une religion
- Les revendications religieuses radicales ne sont propres à aucune confession : il y a des catholiques intégristes, des fondamentalistes protestants (déjà rencontrés à propos de la controverse du créationnisme), des ultra-orthodoxes juifs, des fanatiques hindouistes, sans oublier la brutalité du communisme athée sous Staline.
- Aujourd’hui, c’est cependant le monde musulman qui est bouleversé par un mouvement international, souvent très radical, de ré-islamisation.
1. Religiöser Radikalismus ist kein Vorrecht einer einzigen Religion
- Radikale religiöse Ansprüche sind keiner Konfession eigen: Es gibt integralistische Katholiken, protestantische Fundamentalisten (denen wir beim Streit um den Kreationismus bereits begegnet sind), ultraorthodoxe Juden, hinduistische Fanatiker, ohne die Brutalität des atheistischen Kommunismus unter Stalin zu vergessen.
- Heute ist es allerdings die muslimische Welt, die von einer internationalen, oft sehr radikalen Bewegung der Re-Islamisierung erschüttert wird.
2. Un cercle vicieux : islamisme et islamophobie
- Les islamistes radicaux ne veulent surtout pas que les musulmans s’intègrent dans les sociétés « mécréantes » de l’Occident.
- Ce travail idéologique aggrave en Europe la fracture entre une majorité méfiante, parfois islamophobe, et des minorités d’origine musulmane déjà victimes de discrimination et de ségrégation sociale et territoriale.
- Les deux tendances s’alimentent l’une l’autre : l’islamisme nourrit l’islamophobie et réciproquement. D’où les questions posées : comment réagir, comment sauver les sociétés laïques, comment aider les musulmans libéraux à construire un islam compatible avec la laïcité, c’est-à-dire acceptant que l’État ne privilégie aucune conception spirituelle ?
2. Ein Teufelskreis: Islamismus und Islamfeindlichkeit
- Die radikalen Islamisten wollen vor allem nicht, dass die Muslime sich in die „ungläubigen" Gesellschaften des Westens einfügen.
- Diese ideologische Arbeit verschärft in Europa den Bruch zwischen einer misstrauischen, mitunter islamfeindlichen Mehrheit und Minderheiten muslimischer Herkunft, die bereits Opfer von Diskriminierung sowie sozialer und räumlicher Absonderung sind.
- Beide Tendenzen nähren einander: Der Islamismus nährt die Islamfeindlichkeit und umgekehrt. Daher die gestellten Fragen: Wie soll man reagieren, wie die laizistischen Gesellschaften retten, wie den liberalen Muslimen helfen, einen mit der Laizität vereinbaren Islam aufzubauen, also einen, der hinnimmt, dass der Staat keine weltanschauliche Auffassung bevorzugt?
3. Première position : les accommodements raisonnables
- Cette position consiste à satisfaire dans la mesure du possible les revendications religieuses, en pariant qu’une telle attitude suscitera la loyauté d’individus reconnus et respectés dans leur identité.
- Son fondement : la laïcité exige que personne ne soit traité plus mal qu’un autre en raison de ses convictions, c’est-à-dire ne soit discriminé, distingué arbitrairement des autres.
- Or certaines discriminations sont indirectes : non voulues, elles sont les conséquences involontaires d’une politique ou d’une loi. Les personnes plus affectées que d’autres demandent alors des accommodements, des aménagements, des ajustements.
3. Erste Position: die zumutbaren Anpassungsmaßnahmen
- Diese Position besteht darin, den religiösen Forderungen so weit wie möglich zu entsprechen, in der Erwartung, dass eine solche Haltung die Loyalität von Menschen hervorruft, die in ihrer Identität anerkannt und geachtet werden.
- Ihre Grundlage: Die Laizität verlangt, dass niemand wegen seiner Überzeugungen schlechter behandelt wird als ein anderer, also nicht diskriminiert, nicht willkürlich von den anderen unterschieden wird.
- Nun sind manche Diskriminierungen mittelbar: nicht gewollt, sind sie die unbeabsichtigten Folgen einer Politik oder eines Gesetzes. Die stärker als andere betroffenen Personen verlangen dann Anpassungsmaßnahmen, Vorkehrungen, Abstimmungen.
4. Le cas du peyotl (Cour suprême des États-Unis, 1990)
- L’Oregon avait promulgué une loi d’intérêt général visant à protéger la santé publique : elle interdisait l’usage d’un ensemble de drogues dures.
- Or des communautés indiennes utilisaient depuis des temps immémoriaux le peyotl, plante hallucinogène, dans leur culte : sans lui, elles ne pouvaient plus se mettre dans l’état réceptif au sacré et aux divinités.
- La loi, qui ne les visait pas, les affectait donc négativement, alors qu’elle n’affectait pas les chrétiens, les juifs ou les musulmans, qui n’utilisent pas ces substances. Les Indiens s’estimaient indirectement discriminés : ils ne demandaient pas l’abrogation de la loi, mais une exemption pour motif de liberté religieuse.
- La Cour rompit à cette occasion avec une tradition favorable aux accommodements et refusa leur demande.
4. Der Peyote-Fall (Oberster Gerichtshof der Vereinigten Staaten, 1990)
- Oregon hatte ein Gesetz von allgemeinem Interesse zum Schutz der öffentlichen Gesundheit erlassen: Es untersagte den Gebrauch einer Reihe harter Drogen.
- Nun gebrauchten indianische Gemeinschaften seit unvordenklichen Zeiten den Peyote, eine halluzinogene Pflanze, in ihrem Kult: Ohne ihn konnten sie sich nicht mehr in den für das Heilige und die Gottheiten empfänglichen Zustand versetzen.
- Das Gesetz, das nicht auf sie zielte, beeinträchtigte sie also, während es Christen, Juden oder Muslime nicht beeinträchtigte, die diese Substanzen nicht gebrauchen. Die Indianer sahen sich mittelbar diskriminiert: Sie verlangten nicht die Aufhebung des Gesetzes, sondern eine Ausnahme aus Gründen der Religionsfreiheit.
- Das Gericht brach bei dieser Gelegenheit mit einer den Anpassungsmaßnahmen gewogenen Tradition und wies ihr Begehren ab.
5. Le problème de fond : le risque inflationniste
- L’arrêt n’intéresse pas le cours pour lui-même, mais parce qu’il fait ressortir le caractère problématique des accommodements.
- L’argument : comme la demande est faite au nom d’une religion et que l’État n’est pas habilité à discuter du contenu de cette religion, la demande est potentiellement inflationniste. On ne voit pas où elle s’arrêtera, ni qui définira à partir de quel moment elle devient déraisonnable.
- Le problème ne tient pas au caractère controversé de l’exemple : des demandes de repas particuliers liés à des interdits religieux ou de dispense de certains cours comme la biologie posent exactement la même difficulté.
5. Das grundlegende Problem: die Gefahr der Ausweitung
- Das Urteil interessiert die Lektion nicht um seiner selbst willen, sondern weil es den problematischen Charakter der Anpassungsmaßnahmen hervortreten lässt.
- Das Argument: Da das Begehren im Namen einer Religion gestellt wird und der Staat nicht befugt ist, über den Inhalt dieser Religion zu befinden, ist das Begehren potenziell ausufernd. Man sieht nicht, wo es haltmachen wird, noch wer bestimmen wird, ab wann es unzumutbar wird.
- Das Problem liegt nicht am umstrittenen Charakter des Beispiels: Begehren nach besonderen Mahlzeiten aufgrund religiöser Verbote oder nach Befreiung von bestimmten Fächern wie der Biologie werfen genau dieselbe Schwierigkeit auf.
6. Seconde position : le refus des accommodements
- La réaction inverse refuse les dérogations pour ne pas enfermer les individus dans leur communauté et pour traiter tout le monde de façon strictement identique, ce qui créerait un lien citoyen par-delà les groupes religieux.
- Elle refuse de prendre les revendications émises par des leaders souvent autoproclamés pour des données, et veut écouter la base, souvent intimidée et coincée entre le rejet par la majorité et les pressions intégristes dans son propre groupe minoritaire.
- D’où, par exemple, le refus du port de signes religieux à l’école, quels qu’ils soient : pour ne pas différencier a priori les élèves selon leur appartenance, pour créer un lien solide entre eux et pour les mettre quelque temps à l’abri du bruit et de la fureur des conflits politico-religieux. Tout le monde suit les mêmes cours et l’on favorise l’esprit critique et la libre discussion.
- Elle soupçonne enfin une instrumentalisation de la liberté de conscience : derrière l’invocation de ce droit, une reconquête de l’espace public par les religions, tandis que d’autres droits, ceux des femmes à l’égalité ou ceux des homosexuels, seraient passés sous silence. Elle réactive le vieux combat entre la loi de Dieu et la loi des hommes, entre des autorités qui prétendent penser à la place du peuple et le droit des individus à s’autodéterminer : ce n’est pas parce qu’une religion est minoritaire qu’elle pèse moins sur les personnes concernées.
La leçon se clôt sans trancher, et ce refus de trancher est lui-même l’objet du cours. Les deux positions sont présentées avec leur force et leur coût : la position accommodationniste affronte réellement le problème des discriminations indirectes, mais reste menacée par l’inflation des revendications religieuses, donc par la multiplication des exceptions à la loi générale ; le refus des accommodements défend une stricte égalité citoyenne, au prix d’une insensibilité aux effets involontaires des lois générales.
Pour la pensée critique, l’exercice consiste précisément à tenir les deux séries d’arguments sans en escamoter une. Le cas du peyotl le montre bien : il est choisi non pour son verdict, mais parce qu’il rend visible une question de principe que des exemples plus anodins (repas, dispenses de cours) posent à l’identique. Comme le conclut le cours, la controverse est ouverte et chacun se formera son propre jugement.
6. Zweite Position: die Ablehnung der Anpassungsmaßnahmen
- Die entgegengesetzte Haltung lehnt Ausnahmen ab, um die Einzelnen nicht in ihre Gemeinschaft einzuschließen und um alle streng gleich zu behandeln, was ein staatsbürgerliches Band über die religiösen Gruppen hinweg schaffen würde.
- Sie weigert sich, die von oft selbsternannten Wortführern vorgebrachten Forderungen für gegeben zu nehmen, und will die Basis hören, die oft eingeschüchtert ist und zwischen der Ablehnung durch die Mehrheit und den fundamentalistischen Pressionen in der eigenen Minderheitsgruppe festsitzt.
- Daher etwa die Ablehnung des Tragens religiöser Zeichen in der Schule, welcher Art auch immer: um die Schülerinnen und Schüler nicht von vornherein nach ihrer Zugehörigkeit zu unterscheiden, um ein festes Band zwischen ihnen zu schaffen und um sie eine Zeit lang vor dem Lärm und der Wut der politisch-religiösen Konflikte zu bewahren. Alle besuchen denselben Unterricht, und man fördert den kritischen Geist und die freie Auseinandersetzung.
- Sie vermutet schließlich eine Instrumentalisierung der Gewissensfreiheit: hinter der Berufung auf dieses Recht eine Rückeroberung des öffentlichen Raums durch die Religionen, während andere Rechte, die der Frauen auf Gleichheit oder die der Homosexuellen, verschwiegen würden. Sie belebt den alten Kampf zwischen dem Gesetz Gottes und dem Gesetz der Menschen neu, zwischen Autoritäten, die anstelle des Volkes zu denken beanspruchen, und dem Recht der Einzelnen auf Selbstbestimmung: Eine Religion lastet nicht deshalb weniger auf den Betroffenen, weil sie eine Minderheitsreligion ist.
Die Lektion schließt, ohne zu entscheiden, und diese Weigerung zu entscheiden ist selbst der Gegenstand des Kurses. Beide Positionen werden mit ihrer Stärke und ihrem Preis dargestellt: Die Position der Anpassung stellt sich dem Problem der mittelbaren Diskriminierungen wirklich, bleibt aber von der Ausweitung religiöser Forderungen bedroht, also von der Vermehrung der Ausnahmen vom allgemeinen Gesetz; die Ablehnung der Anpassungsmaßnahmen verteidigt eine strenge staatsbürgerliche Gleichheit, um den Preis einer Unempfindlichkeit gegenüber den unbeabsichtigten Wirkungen allgemeiner Gesetze.
Für das kritische Denken besteht die Übung gerade darin, beide Argumentreihen zu halten, ohne eine davon zu unterschlagen. Der Peyote-Fall zeigt es gut: Er wird nicht wegen seines Urteilsspruchs gewählt, sondern weil er eine grundsätzliche Frage sichtbar macht, die harmlosere Beispiele (Mahlzeiten, Befreiungen vom Unterricht) genauso stellen. Wie die Lektion schließt, ist der Streit offen, und jeder wird sich sein eigenes Urteil bilden.