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Le premier amendement de la constitution des États-Unis

 

1. Un mot intraduisible, un problème identique

  • Le mot laïcité est difficilement traduisible : il fait sens dans les langues romanes (italien, espagnol), mais n’a guère de signification pour un anglo-saxon.
  • Ce n’est pourtant qu’une question de mots : quand on parle à un anglo-saxon des rapports church and state, entre les Églises et l’État, il comprend immédiatement de quoi il s’agit, car le problème posé est exactement celui de la laïcité.
  • La question devient donc : les États-Unis ont-ils un système comparable au système français, ou plus largement européen ?

1. Ein unübersetzbares Wort, ein gleiches Problem

  • Das Wort laïcité lässt sich nur schwer übersetzen: Es ergibt in den romanischen Sprachen einen Sinn (Italienisch, Spanisch), hat aber für einen Angelsachsen kaum eine Bedeutung.
  • Das ist jedoch nur eine Frage der Wörter: Spricht man mit einem Angelsachsen über das Verhältnis von church and state, von Kirchen und Staat, versteht er sofort, worum es geht, denn das gestellte Problem ist genau das der Laizität.
  • Die Frage lautet also: Haben die Vereinigten Staaten ein System, das mit dem französischen oder allgemeiner dem europäischen vergleichbar ist?

2. Une apparence trompeuse : la religion dans la sphère publique américaine

  • À première vue la réponse est non, tant la séparation du politique et du religieux y semble absente : le président prête serment sur la Bible, les billets de banque portent In God We Trust, et les élèves des écoles publiques récitent un serment d’allégeance rendant hommage à une nation « soumise à Dieu » (under God).
  • Les Américains sont effectivement plus religieux, et de plus ils invoquent Dieu dans la sphère publique, ce qu’on ne ferait pas dans les pays européens.
  • La raison de cette réticence européenne est directement liée à la neutralité de l’État : celle-ci suppose que l’État n’invoque pas un dieu. Il existe de bons citoyens athées, qui n’apprécient pas que les pouvoirs publics invoquent une notion ne signifiant rien pour eux, ou évoquant de mauvaises choses s’ils ont subi des persécutions.

2. Ein trügerischer Anschein: die Religion in der amerikanischen Öffentlichkeit

  • Auf den ersten Blick lautet die Antwort nein, so sehr scheint dort die Trennung von Politik und Religion zu fehlen: Der Präsident leistet den Eid auf die Bibel, die Geldscheine tragen die Aufschrift In God We Trust, und die Schülerinnen und Schüler der öffentlichen Schulen sprechen einen Treueschwur, der eine Nation ehrt, die „Gott untersteht" (under God).
  • Die Amerikaner sind tatsächlich religiöser, und darüber hinaus rufen sie Gott in der Öffentlichkeit an, was man in den europäischen Ländern nicht täte.
  • Der Grund für diese europäische Zurückhaltung hängt unmittelbar mit der Neutralität des Staates zusammen: Sie setzt voraus, dass der Staat keinen Gott anruft. Es gibt gute Bürger, die Atheisten sind und denen es nicht gefällt, dass die öffentliche Gewalt einen Begriff anruft, der für sie nichts bedeutet oder, wenn sie Verfolgungen erlitten haben, Schlimmes wachruft.

3. D’où vient la Constitution des États-Unis

  • Les colonies anglaises de la côte est de l’Amérique du Nord se révoltent à partir de 1774-1775 et proclament leur indépendance. L’Angleterre la refuse et leur fait la guerre ; unies dans une armée placée sous l’autorité du général George Washington, les colonies l’emportent.
  • Une fois indépendantes, elles doivent trancher une question : rester treize entités indépendantes les unes des autres, ou s’unir pour créer un État fédéral.
  • Les opposants redoutaient de se retrouver de nouveau face à un pouvoir tentaculaire et préféraient une large autonomie des États. Ce débat n’est pas clos : aux États-Unis, les républicains en particulier plaident pour un pouvoir accru des États contre Washington, la capitale fédérale.
  • Après un grand débat dans les années 1780, les colonies envoient des représentants à Philadelphie, où une convention, c’est-à-dire une suite de réunions, élabore une constitution. Elle est votée en 1787 et entre en vigueur en 1789, avec George Washington comme premier président, resté huit ans en fonction.

3. Woher die Verfassung der Vereinigten Staaten kommt

  • Die englischen Kolonien an der Ostküste Nordamerikas erheben sich ab 1774/1775 und erklären ihre Unabhängigkeit. England verweigert sie und führt Krieg gegen sie; vereint in einer Armee unter dem Befehl von General George Washington setzen sich die Kolonien durch.
  • Einmal unabhängig, müssen sie eine Frage entscheiden: dreizehn voneinander unabhängige Gebilde bleiben oder sich zusammenschließen, um einen Bundesstaat zu schaffen.
  • Die Gegner fürchteten, sich erneut einer allumfassenden Macht gegenüberzusehen, und zogen eine weitgehende Autonomie der Einzelstaaten vor. Diese Debatte ist nicht abgeschlossen: In den Vereinigten Staaten treten besonders die Republikaner für eine größere Macht der Einzelstaaten gegenüber Washington, der Bundeshauptstadt, ein.
  • Nach einer großen Debatte in den 1780er Jahren entsenden die Kolonien Vertreter nach Philadelphia, wo ein Konvent, also eine Folge von Versammlungen, eine Verfassung ausarbeitet. Sie wird 1787 beschlossen und tritt 1789 in Kraft, mit George Washington als erstem Präsidenten, der acht Jahre im Amt blieb.

4. Les amendements et le Premier d’entre eux

  • Les amendements sont des ajouts à la Constitution de 1787 ; ajoutés après coup, ils ont exactement la même valeur juridique.
  • Les dix premiers ont été votés pour protéger les individus contre l’emprise possible de l’État, en énonçant ce que l’État fédéral ne pourra pas faire.
  • Le Premier amendement est le plus célèbre et le plus prestigieux, au point qu’il est enseigné comme tel dans les grandes universités américaines.
  • Sa forme est significative : il vise le Congrès, ce pouvoir législatif créé pour légiférer sur l’ensemble des États-Unis et dont on craignait précisément la puissance. Le Congrès ne fera pas de loi limitant la liberté d’expression, même à l’égard de propos déplaisant au pouvoir fédéral ; il ne pourra pas limiter la liberté religieuse ni établir de religion ; et il devra garantir le droit de pétition, c’est-à-dire la possibilité d’adresser aux autorités une demande appuyée par un certain nombre de signatures.

4. Die Zusatzartikel und der erste unter ihnen

  • Die Amendments sind Zusätze zur Verfassung von 1787; nachträglich hinzugefügt, haben sie genau denselben Rechtswert.
  • Die ersten zehn wurden beschlossen, um die Einzelnen zu schützen gegen den möglichen Zugriff des Staates, indem sie festhalten, was der Bundesstaat nicht tun darf.
  • Der Erste Zusatzartikel ist der berühmteste und angesehenste, so sehr, dass er an den großen amerikanischen Universitäten als solcher gelehrt wird.
  • Seine Form ist bezeichnend: Er richtet sich an den Kongress, jene gesetzgebende Gewalt, die geschaffen wurde, um für die gesamten Vereinigten Staaten Gesetze zu erlassen, und deren Macht man gerade fürchtete. Der Kongress wird kein Gesetz erlassen, das die Meinungsfreiheit einschränkt, auch nicht gegenüber Äußerungen, die der Bundesgewalt missfallen; er darf weder die Religionsfreiheit einschränken noch eine Religion einrichten; und er muss das Petitionsrecht gewährleisten, also die Möglichkeit, an die Behörden ein von einer bestimmten Zahl von Unterschriften getragenes Begehren zu richten.

5. Les deux clauses religieuses

  • Le Premier amendement contient donc, à côté de la liberté d’expression et du droit de pétition, deux clauses religieuses : le libre exercice de la religion, qui ne peut être entravé, et l’interdiction d’établir une religion.
  • « Religion établie » signifie religion officielle, ce qui était le cas à l’époque en Europe. Or l’idée même de laïcité, l’État comme État de tout le laos, s’oppose à ce que l’État ne soit l’État que des membres de la religion officielle. Les États-Unis écartent donc d’emblée cette possibilité.
  • Motif historique : les fondateurs appartenaient tous à des communautés religieuses persécutées en Europe à un titre ou à un autre. Personne ne voulait qu’une de ces communautés mette la main sur le nouvel État fédéral. D’où le principe : pas de religion établie, les religions sont sur un pied d’égalité, l’État ne peut ni en privilégier une ni en discriminer d’autres.
  • Les deux clauses semblent revenir au même, puisque c’est l’existence d’une Église officielle qui contraint les croyances. Elles sont pourtant distinctes : la liberté religieuse concerne les citoyens, ceux qui ne sont pas acteurs de l’État ; l’interdiction d’établissement concerne ceux qui exercent le pouvoir, à tous les niveaux (États fédérés et État fédéral, pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire), et signifie que l’État ne peut soutenir ni privilégier une religion par rapport aux autres.

5. Die beiden Religionsklauseln

  • Der Erste Zusatzartikel enthält also, neben der Meinungsfreiheit und dem Petitionsrecht, zwei Religionsklauseln: die freie Ausübung der Religion, die nicht behindert werden darf, und das Verbot, eine Religion einzurichten.
  • „Eingerichtete Religion" bedeutet offizielle Religion, was damals in Europa der Fall war. Der Gedanke der Laizität selbst, der Staat als Staat des ganzen laos, steht dem entgegen, dass der Staat nur der Staat der Angehörigen der offiziellen Religion sei. Die Vereinigten Staaten schließen diese Möglichkeit also von vornherein aus.
  • Historischer Grund: Die Gründer gehörten alle Religionsgemeinschaften an, die in Europa aus dem einen oder anderen Grund verfolgt worden waren. Niemand wollte, dass eine dieser Gemeinschaften nach dem neuen Bundesstaat greift. Daher das Prinzip: keine eingerichtete Religion, die Religionen stehen auf gleicher Stufe, der Staat darf weder eine bevorzugen noch andere benachteiligen.
  • Die beiden Klauseln scheinen auf dasselbe hinauszulaufen, da es die Existenz einer offiziellen Kirche ist, die die Überzeugungen einengt. Sie sind aber unterschieden: Die Religionsfreiheit betrifft die Bürger, jene, die nicht als Staat handeln; das Einrichtungsverbot betrifft jene, die die Macht ausüben, auf allen Ebenen (Gliedstaaten und Bundesstaat, gesetzgebende, vollziehende und rechtsprechende Gewalt), und bedeutet, dass der Staat eine Religion gegenüber den anderen weder unterstützen noch bevorzugen darf.

6. La Cour suprême, gardienne du texte

  • Une constitution ne sert à rien sans une cour qui la garde et qui puisse déclarer qu’une mesure, une loi d’un État ou une loi fédérale, voire une décision présidentielle, est contraire à ce qui y est inscrit.
  • C’est le rôle que la Cour suprême exerce depuis le début du 19e siècle, et c’est à partir des deux clauses religieuses que s’est développée toute sa jurisprudence en la matière.

Le cœur de la leçon tient dans une distinction méthodologique : ne pas juger un régime sur ses apparences visibles. La présence de Dieu sur les billets, dans le serment présidentiel et dans le serment d’allégeance donne l’impression d’un pays sans séparation, alors que ses bases constitutionnelles interdisent précisément toute religion établie. Ce sont deux niveaux différents, la culture religieuse d’une société et le statut juridique des cultes, qu’il faut se garder de confondre.

Le second acquis est la lecture fine du texte lui-même. Le Premier amendement ne proclame pas un idéal, il énonce une limite au pouvoir : voici ce que le Congrès ne pourra pas faire. Et ses deux clauses religieuses n’ont pas le même destinataire, l’une protégeant la liberté des citoyens, l’autre bridant ceux qui gouvernent. Comprendre pourquoi elles ne se confondent pas, alors même qu’elles paraissent dire la même chose, est exactement le genre d’effort que réclame la pensée critique appliquée aux textes juridiques.

6. Der Oberste Gerichtshof als Hüter des Textes

  • Eine Verfassung nützt nichts ohne ein Gericht, das sie hütet und das erklären kann, eine Maßnahme, ein Gesetz eines Einzelstaates oder ein Bundesgesetz, ja sogar eine Entscheidung des Präsidenten, widerspreche dem, was in ihr steht.
  • Das ist die Rolle, die der Oberste Gerichtshof seit dem Beginn des 19. Jahrhunderts ausübt, und aus den beiden Religionsklauseln hat sich seine gesamte Rechtsprechung auf diesem Gebiet entwickelt.

Der Kern der Lektion liegt in einer methodischen Unterscheidung: einen Staat nicht nach seinen sichtbaren Erscheinungen zu beurteilen. Die Gegenwart Gottes auf den Geldscheinen, im Amtseid des Präsidenten und im Treueschwur erweckt den Eindruck eines Landes ohne Trennung, während seine verfassungsrechtlichen Grundlagen gerade jede eingerichtete Religion verbieten. Das sind zwei verschiedene Ebenen, die religiöse Kultur einer Gesellschaft und der rechtliche Status der Religionsgemeinschaften, die man nicht verwechseln darf.

Der zweite Ertrag ist die genaue Lektüre des Textes selbst. Der Erste Zusatzartikel verkündet kein Ideal, er formuliert eine Grenze der Macht: Dies ist es, was der Kongress nicht tun darf. Und seine beiden Religionsklauseln haben nicht denselben Adressaten, die eine schützt die Freiheit der Bürger, die andere zügelt jene, die regieren. Zu verstehen, weshalb sie nicht zusammenfallen, obwohl sie dasselbe zu sagen scheinen, ist genau die Art von Anstrengung, die das auf Rechtstexte angewandte kritische Denken verlangt.