Pensée critique - La Loi de 1905
1. Rappel : ce que signifie la laïcité
- La laïcité est l’idée selon laquelle l’État doit être l’État de tout le laos, de tout le peuple, et non d’une partie du peuple qui croirait « ce qu’il faut croire ».
- Si l’État soutient une religion particulière, celle-ci devient officielle et les autres membres de la communauté nationale se trouvent relégués au rang de citoyens de seconde zone, parce qu’ils n’appartiennent pas à la communauté religieuse officielle.
- Un État laïque ne crée donc pas de religion officielle : il est neutre par rapport à tous les engagements d’existence, croyants ou non, il respecte la liberté de conscience et ne fait pas de distinction arbitraire entre les citoyens en fonction de leurs convictions. Pas de discrimination.
- Le problème s’est d’abord posé à l’école, où les enfants étaient soumis à un régime marqué par une présence massive de la religion catholique. Pour des parents non catholiques, et pour certains catholiques eux-mêmes, cette perspective unique était biaisée dans une école publique censée être l’école de tout le laos. De là l’idée de Jules Ferry de laïciser l’école, la société des adultes ne l’étant pas encore.
1. Zur Erinnerung: was Laizität bedeutet
- Die Laizität ist der Gedanke, dass der Staat der Staat des ganzen laos sein muss, des ganzen Volkes, und nicht der eines Teils des Volkes, der glaubte, „was man glauben muss".
- Wenn der Staat eine bestimmte Religion unterstützt, wird diese offiziell, und die übrigen Mitglieder der nationalen Gemeinschaft finden sich in den Rang von Bürgern zweiter Klasse verwiesen, weil sie der offiziellen Religionsgemeinschaft nicht angehören.
- Ein laizistischer Staat schafft also keine offizielle Religion: Er ist neutral gegenüber allen existentiellen Bindungen, gläubigen wie ungläubigen, er achtet die Gewissensfreiheit und macht keinen willkürlichen Unterschied zwischen den Bürgern nach ihren Überzeugungen. Keine Diskriminierung.
- Das Problem stellte sich zuerst in der Schule, wo die Kinder einem Regime unterworfen waren, das von einer massiven Präsenz der katholischen Religion geprägt war. Für nichtkatholische Eltern, und für manche Katholiken selbst, war diese einseitige Perspektive verzerrt in einer öffentlichen Schule, die doch die Schule des ganzen laos sein sollte. Daher der Gedanke Jules Ferrys, die Schule zu laisieren, während die Gesellschaft der Erwachsenen es noch nicht war.
2. Le régime concordataire
- Des années 1880 jusqu’en 1905, la France vit sous le système concordataire, fondé sur un concordat conclu au début du 19e siècle entre Napoléon et le pape.
- Ce concordat règle une querelle ancienne entre les papes et les États : le pape veut garder la haute main sur l’Église et sur la nomination des évêques, l’État veut que des évêques français obéissent au chef de l’État français et respectent les lois françaises.
- Le compromis obtenu penche plutôt en faveur de l’État : l’Église reçoit une position privilégiée, mais à l’intérieur de l’État.
- Au fil du 19e siècle, d’autres cultes sont reconnus, essentiellement le protestantisme et le judaïsme, mais ils restent très minoritaires : ce ne sont pas eux qui fournissaient, comme on l’a vu pour l’école, la majorité des enseignants, venus plutôt des congrégations religieuses catholiques.
2. Das Konkordatsregime
- Von den 1880er Jahren bis 1905 lebt Frankreich unter dem Konkordatssystem, das auf einem zu Beginn des 19. Jahrhunderts zwischen Napoleon und dem Papst geschlossenen Konkordat beruht.
- Dieses Konkordat regelt einen alten Streit zwischen den Päpsten und den Staaten: Der Papst will die Oberhand über die Kirche und über die Ernennung der Bischöfe behalten, der Staat will, dass französische Bischöfe dem französischen Staatsoberhaupt gehorchen und die französischen Gesetze achten.
- Der erzielte Kompromiss neigt eher zugunsten des Staates: Die Kirche erhält eine privilegierte Stellung, aber innerhalb des Staates.
- Im Lauf des 19. Jahrhunderts werden weitere Kulte anerkannt, im Wesentlichen der Protestantismus und das Judentum, doch sie bleiben sehr in der Minderheit: Nicht sie stellten, wie man es bei der Schule gesehen hat, die Mehrheit der Lehrkräfte, die eher aus den katholischen Ordensgemeinschaften kamen.
3. La loi de séparation de 1905
- Au début du 20e siècle, ce système ne satisfait plus ceux qui veulent séparer totalement le religieux du politique et qui n’acceptent pas la position officielle de l’Église catholique dans l’État. Le grand débat qui s’ouvre aboutit en 1905 à la loi de séparation des Églises et de l’État.
- Première conséquence : l’État cesse de payer les ministres du culte, qui n’ont plus le statut de fonctionnaires. Cela vaut pour tous, curé catholique, pasteur protestant, rabbin, et bien plus tard imam musulman.
- Deuxième conséquence : la suppression de l’enseignement de la religion à l’école publique, déjà réalisée dans les années 1880 mais ici réaffirmée.
3. Das Trennungsgesetz von 1905
- Zu Beginn des 20. Jahrhunderts genügt dieses System jenen nicht mehr, die das Religiöse vollständig vom Politischen trennen wollen und die offizielle Stellung der katholischen Kirche im Staat nicht hinnehmen. Die große Debatte, die sich eröffnet, mündet 1905 in das Gesetz über die Trennung von Kirche und Staat.
- Erste Folge: Der Staat hört auf, die Kultusdiener zu bezahlen, die nicht länger den Status von Beamten haben. Das gilt für alle: den katholischen Pfarrer, den protestantischen Pastor, den Rabbiner und viel später den muslimischen Imam.
- Zweite Folge: die Abschaffung des Religionsunterrichts an der öffentlichen Schule, die in den 1880er Jahren bereits vollzogen, hier aber erneut bekräftigt wird.
4. Le point resté ouvert : le financement des écoles privées
- Une question demeurait : l’État peut-il subventionner les écoles privées alors qu’il vient de voter une loi de séparation ? Subventionner des établissements confessionnels, c’est précisément ne pas séparer.
- L’argument des partisans stricts de la laïcité : les fonds publics pour l’école publique, les fonds privés pour les écoles privées. La liberté d’enseignement existe, mais qui veut une école privée la finance lui-même.
- L’argument adverse : vu le coût de l’enseignement (professeurs, bâtiments), le refus de subvention réduirait les écoles confessionnelles à des écoles de riches, les catholiques pauvres ne pouvant plus y accéder faute de tarifs raisonnables ou d’un enseignement quasi gratuit.
- Le débat est clos en 1959, sous de Gaulle, avec le ministre Debré : une loi autorise la subvention des écoles privées confessionnelles, en majorité catholiques.
- Conclusion de l’auteur : la séparation française est donc imparfaite. Elle est réelle (pas de rétribution des ministres du culte, pas de religion enseignée à l’école publique), mais elle coexiste avec le subventionnement d’un enseignement confessionnel.
4. Der offen gebliebene Punkt: die Finanzierung der Privatschulen
- Eine Frage blieb bestehen: Darf der Staat Privatschulen subventionieren, wo er doch soeben ein Trennungsgesetz verabschiedet hat? Konfessionelle Einrichtungen zu subventionieren heißt gerade, nicht zu trennen.
- Das Argument der strengen Verfechter der Laizität: öffentliche Mittel für die öffentliche Schule, private Mittel für die Privatschulen. Die Unterrichtsfreiheit besteht, aber wer eine Privatschule will, finanziert sie selbst.
- Das Gegenargument: Angesichts der Kosten des Unterrichts (Lehrkräfte, Gebäude) würde die Verweigerung von Subventionen die konfessionellen Schulen zu Schulen für Reiche machen, da arme Katholiken sie mangels vernünftiger Tarife oder eines nahezu unentgeltlichen Unterrichts nicht mehr besuchen könnten.
- Die Debatte wird 1959 unter de Gaulle mit dem Minister Debré abgeschlossen: Ein Gesetz erlaubt die Subventionierung der konfessionellen Privatschulen, die mehrheitlich katholisch sind.
- Schlussfolgerung des Autors: Die französische Trennung ist also unvollkommen. Sie ist wirklich vorhanden (keine Besoldung der Kultusdiener, keine Religion an der öffentlichen Schule), aber sie besteht neben der Subventionierung eines konfessionellen Unterrichts.
5. Le conflit sur les associations cultuelles et son dénouement
- Autre difficulté en 1905 : les catholiques résistent. Auparavant insérées dans l’appareil d’État, les Églises deviennent des associations privées auxquelles il faut donner un statut. On crée donc des associations cultuelles (associations du culte, à ne pas confondre avec « culturelles »).
- Ces associations étaient conçues de bas en haut : on partait des communautés de base, qui envoyaient des délégués jusqu’au sommet. Ce schéma paraissait très démocratique et pouvait convenir aux protestants, hostiles à la hiérarchie ecclésiale et attachés à un rapport direct des croyants aux textes sacrés, peut-être aussi aux juifs.
- Il ne convenait pas aux catholiques : leur principe est hiérarchique, du pape aux évêques, de haut en bas. Démocratiser l’Église heurtait leur idée du magistère et de l’autorité du pape.
- Le conflit va jusqu’à la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican. Au début des années 1920, Aristide Briand, l’un des artisans de la loi de 1905, trouve un compromis : les associations cultuelles deviennent des associations diocésaines, fondées sur le diocèse, c’est-à-dire la circonscription de l’évêque. On respecte ainsi les circonscriptions religieuses et l’autorité hiérarchique, ce qui permet à l’Église d’accepter la loi de séparation.
5. Der Konflikt um die Kultusvereinigungen und seine Lösung
- Eine weitere Schwierigkeit im Jahr 1905: Die Katholiken leisten Widerstand. Zuvor in den Staatsapparat eingefügt, werden die Kirchen zu privaten Vereinigungen, denen ein Status gegeben werden muss. Man schafft daher Kultusvereinigungen (associations cultuelles, nicht zu verwechseln mit „culturelles", also kulturellen Vereinigungen).
- Diese Vereinigungen waren von unten nach oben gedacht: Man ging von den Basisgemeinden aus, die bis an die Spitze Delegierte entsandten. Dieses Schema wirkte sehr demokratisch und konnte den Protestanten entgegenkommen, die der kirchlichen Hierarchie ablehnend gegenüberstanden und am direkten Verhältnis der Gläubigen zu den heiligen Texten festhielten, vielleicht auch den Juden.
- Den Katholiken kam es nicht entgegen: Ihr Prinzip ist hierarchisch, vom Papst zu den Bischöfen, von oben nach unten. Die Kirche zu demokratisieren verstieß gegen ihre Vorstellung vom Lehramt und von der Autorität des Papstes.
- Der Konflikt geht bis zum Abbruch der diplomatischen Beziehungen zwischen Frankreich und dem Vatikan. Zu Beginn der 1920er Jahre findet Aristide Briand, einer der Väter des Gesetzes von 1905, einen Kompromiss: Aus den Kultusvereinigungen werden Diözesanvereinigungen, gegründet auf die Diözese, also den Amtsbezirk des Bischofs. So werden die kirchlichen Bezirke und die hierarchische Autorität geachtet, was es der Kirche erlaubt, das Trennungsgesetz anzunehmen.
6. La constitutionnalisation de la laïcité
- Après la Seconde Guerre mondiale et l’occupation nazie, la laïcité devient constitutionnelle : la Constitution de 1946 énonce que « la France est une République laïque », et celle de 1958, douze ans plus tard, pour la Ve République, reprend exactement la même formule.
- Le point remarquable est que les catholiques ont dû l’accepter : modifier ou créer une constitution exige une majorité spéciale, donc un large accord, et non la seule majorité simple d’une loi ordinaire.
- L’explication avancée : à l’époque, les catholiques craignaient beaucoup le communisme athée, très puissant après la victoire de Staline aux côtés des Américains et des Anglais contre les nazis. Face à cette menace, la laïcité paraissait préférable, puisqu’un État laïque est un État neutre et non un État favorisant l’athéisme.
6. Der Verfassungsrang der Laizität
- Nach dem Zweiten Weltkrieg und der nationalsozialistischen Besatzung wird die Laizität verfassungsmäßig: Die Verfassung von 1946 erklärt, dass „Frankreich eine laizistische Republik ist", und die von 1958, zwölf Jahre später, für die Fünfte Republik, übernimmt genau dieselbe Formel.
- Bemerkenswert ist, dass die Katholiken dies hinnehmen mussten: Eine Verfassung zu ändern oder zu schaffen verlangt eine besondere Mehrheit, also eine breite Übereinstimmung, und nicht bloß die einfache Mehrheit eines gewöhnlichen Gesetzes.
- Die vorgebrachte Erklärung: Damals fürchteten die Katholiken sehr den atheistischen Kommunismus, der nach Stalins Sieg an der Seite der Amerikaner und Briten über die Nationalsozialisten sehr mächtig war. Angesichts dieser Bedrohung erschien die Laizität vorzugswürdig, denn ein laizistischer Staat ist ein neutraler Staat und kein Staat, der den Atheismus begünstigt.
7. Les tensions contemporaines
- Depuis les années 1960-1970, des communautés issues de l’immigration, aujourd’hui françaises pour la plupart, viennent de pays à majorité musulmane, de langue arabe, turque, iranienne ou africaine.
- Ces communautés sont travaillées par un mouvement de ré-islamisation décrit comme très fort et parfois très préoccupant, qui pousse très loin la revendication religieuse.
- Or pousser la revendication religieuse très loin porte atteinte au principe de séparation : cela revient à demander le retour de la religion dans l’espace public et politique, d’où on l’avait précisément expulsée.
- Exemple donné : la demande que des fonctionnaires puissent porter des signes religieux. Réponse au nom de la laïcité : ils sont membres de l’appareil d’État, et servir l’État interdit de manifester une conviction particulière.
L’histoire de la loi de 1905 enseigne d’abord que la laïcité n’est pas un principe appliqué d’un bloc, mais un processus de compromis successifs. L’école d’abord, l’État ensuite ; la séparation votée, puis assouplie par le subventionnement des écoles confessionnelles ; le statut des cultes redéfini une fois encore pour être accepté par l’Église. Ce que l’on nomme « séparation » est en réalité un équilibre négocié, jamais achevé.
Pour la pensée critique, la leçon est double. Il faut se méfier des présentations idéalisées d’un modèle national : la France a une vraie séparation, mais imparfaite, et l’auteur signale que d’autres systèmes, comme le belge, ne séparent pas du tout. Et il faut observer que les principes progressent souvent pour des raisons conjoncturelles plutôt que par conviction, comme le montre l’acceptation catholique de la laïcité constitutionnelle sous l’effet de la peur du communisme. Un principe adopté par calcul reste fragile, ce qui explique qu’il faille sans cesse le redéfendre lorsque de nouvelles revendications le mettent à l’épreuve.
7. Die heutigen Spannungen
- Seit den 1960er und 1970er Jahren leben in Frankreich Gemeinschaften, die aus der Einwanderung hervorgegangen und heute überwiegend französisch sind, und die aus mehrheitlich muslimischen Ländern arabischer, türkischer, iranischer oder afrikanischer Sprache stammen.
- Diese Gemeinschaften werden von einer Bewegung der Re-Islamisierung durchzogen, die als sehr stark und mitunter sehr beunruhigend beschrieben wird und den religiösen Anspruch sehr weit treibt.
- Den religiösen Anspruch sehr weit zu treiben beeinträchtigt aber das Trennungsprinzip: Es läuft darauf hinaus, die Rückkehr der Religion in den öffentlichen und politischen Raum zu verlangen, aus dem man sie gerade vertrieben hatte.
- Angeführtes Beispiel: die Forderung, dass Beamte religiöse Zeichen tragen dürfen. Die Antwort im Namen der Laizität: Sie sind Teil des Staatsapparats, und dem Staat zu dienen verbietet es, eine besondere Überzeugung zur Schau zu stellen.
Die Geschichte des Gesetzes von 1905 lehrt zunächst, dass die Laizität kein in einem Zug angewandtes Prinzip ist, sondern ein Prozess aufeinanderfolgender Kompromisse. Zuerst die Schule, dann der Staat; die beschlossene Trennung, die dann durch die Subventionierung der konfessionellen Schulen abgemildert wurde; der Status der Kulte, der noch einmal neu bestimmt wurde, damit die Kirche ihn annehmen konnte. Was man „Trennung" nennt, ist in Wirklichkeit ein ausgehandeltes, nie abgeschlossenes Gleichgewicht.
Für das kritische Denken ist die Lehre eine doppelte. Man muss sich vor idealisierten Darstellungen eines nationalen Modells hüten: Frankreich hat eine echte, aber unvollkommene Trennung, und der Autor weist darauf hin, dass andere Systeme, etwa das belgische, überhaupt nicht trennen. Und man muss beobachten, dass Prinzipien oft aus lagebedingten Gründen vorankommen statt aus Überzeugung, wie es die katholische Annahme der verfassungsmäßigen Laizität unter dem Eindruck der Angst vor dem Kommunismus zeigt. Ein aus Kalkül angenommenes Prinzip bleibt brüchig, was erklärt, weshalb es unablässig neu verteidigt werden muss, sobald neue Forderungen es auf die Probe stellen.